mardi 12 décembre 2017

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Prisons secrètes de la CIA : Bruxelles va enquêter

Constant Brand, AP

jeudi 3 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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La Commission européenne a annoncé jeudi qu’elle allait ouvrir une enquête sur les informations de "Washington Post" selon lesquelles la CIA aurait mis en place des prisons secrètes dans l’est de l’Europe. Dix pays ont démenti l’existence d’un tel centre sur leur territoire.

Les gouvernements des 25 Etats-membres seront interrogés sur ces accusations, a précisé devant la presse le porte-parole de l’UE, Friso Roscam Abbing. "Nous devons découvrir ce qui s’est exactement passé. Nous avons tous entendu parler de cela, maintenant, nous devons vérifier si c’est confirmé."

Il a indiqué que de telles prisons contreviendraient à la législation européenne sur les droits de l’Homme. Mais il a prévenu que Bruxelles ne prendrait aucune mesure contre un de ses membres en cas de violation. "En ce qui concerne le traitement des prisonniers (...) il est clair que la totalité des Vingt-Cinq qui ont signé la Convention européenne des droits de l’Homme et la Convention internationale contre la torture sont censés respecter et appliquer les obligations de ces traités", a ajouté Roscam Abbing.

Le "Washington Post" a rapporté que la CIA interrogeait certains des responsables d’Al-Qaïda les plus importants dans une prison secrète datant de l’époque soviétique en Europe de l’Est. Ce centre de détention fait partie d’un système carcéral clandestin créé par l’Agence centrale américaine de renseignement (CIA), qui a compté à certains moments des sites dans huit pays, dont la Thaïlande, l’Afghanistan, plusieurs Etats d’Europe de l’Est et un petit centre sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, note le quotidien.

Ce réseau de détention secret créé il y a près de quatre ans est un élément-clé de la guerre non conventionnelle des services secrets américains contre le terrorisme, souligne le "Washington Post".

Le conseiller à la sécurité nationale Stephen Hadley a refusé mercredi soir de confirmer ou d’infirmer les allégations du quotidien mais a assuré que le président George W. Bush "avait été très clair sur le fait que les Etats-Unis ne tortureraient pas". "Les Etats-Unis mèneront leurs activités dans le respect de la loi et des obligations internationales", a affirmé ce haut responsable.

Dix pays ont démenti l’existence de telles prisons sur leur territoire. "Je le répète, nous n’avons pas de bases de la CIA en Roumanie", a affirmé jeudi le Premier ministre Calin Popescu Tariceanu. Un proche du président polonais Aleksander Kwasniewski a pour sa part déclaré n’avoir "aucune information" sur l’installation de centres de détention américains en Pologne.

Boglar Laszlo, un porte-parole du Premier ministre hongrois, a expliqué à l’Associated Press qu’un rapport officiel sera rédigé, après consultation avec plusieurs responsables, notamment du transport aérien, "pour que nous puissions clore ce débat". Dans les pays baltes, le chef de la police lettone, Janis Reinikis, a affirmé que de tels centres de détention "n’existent pas ici". La Géorgie et l’Arménie ont également opposé des démentis formels à ces informations. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a contacté les Etats-Unis pour leur demander de "l’informer sur la détention de ces personnes et d’autoriser l’accès aux délégués du CICR aux personnes détenues dans des lieux tenus secrets", a expliqué à l’AP Antonella Notari, la porte-parole du Comité.

Un porte-parole de Terry Davis, le président du Conseil de l’Europe, a précisé que l’organisation paneuropéenne allait suivre le dossier "de très près". "Des enquêtes devront probablement être mises en oeuvre", a ajouté Matjaz Gruden. "Il est difficile de prendre des mesures tant que nous n’aurons pas un rapport. Mais si cela s’est effectivement déroulé sur notre territoire, ce serait une violation du traité européen sur les droits de l’Homme."


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