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L’UE va se renseigner sur la présence de prisons secrètes de la CIA en Europe

Le Monde, avec Reuters et AFP

jeudi 3 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les prisons secrètes de la CIA dans l’Union européenne ne seraient pas compatibles avec ses valeurs fondamentales, et il convient d’en savoir plus sur la question, a indiqué jeudi la Commission européenne, en réaction aux affirmations du Washington Post, selon lequel la CIA détiendrait des terroristes d’Al-Qaida dans des prisons secrètes dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, dont il n’a pas dévoilé les noms.

"Nous devons savoir ce qu’il en est, nous en avons tous entendu parler, donc nous devons voir si cela est confirmé", a répondu Friso Roscam Abbing, porte-parole du commissaire à la justice Franco Frattini, à un journaliste qui l’interrogeait lors d’un point presse. Selon lui, la direction générale de la justice de la Commission va "faire des recherches au niveau technique" sur ces informations, mais Bruxelles n’envisage pas d’action plus politique à ce stade. "Je ne pense pas que ce soit nécessaire pour le vice-président Frattini d’appeler tel ou tel ministre au téléphone", a-t-il déclaré, visiblement embarrassé, rejetant l’idée que Bruxelles allait ouvrir "une enquête" à proprement parler.

LA CROIX-ROUGE "PRÉOCCUPÉE"

"L’existence de prisons secrètes ne me semble pas compatible avec la Charte des droits fondamentaux de l’UE", a toutefois indiqué Friso Roscam Abbing. D’une manière générale, l’Union européenne n’a pas de compétence sur le régime des prisons dans les Etats membres, qui ressort des conventions internationales sur les droits de l’homme ou contre la torture, a-t-il rappelé. La Charte des droits fondamentaux, adoptée par l’UE en 2001, n’a pas pour l’instant de force juridique contraignante. Un porte-parole du président du Conseil de l’Europe a également indiqué que cette instance veillant au respect des droits de l’homme suivait cette affaire "de très près".

De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé jeudi à avoir accès aux terroristes présumés qui seraient détenus dans ce réseau de prisons secrètes. "Nous sommes préoccupés par le sort d’un nombre indéterminé de personnes capturées dans le cadre de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et détenues dans des lieux non identifiés", a déclaré la porte-parole du CICR, Antonella Notari, rappellant que "l’accès aux détenus est une priorité humanitaire importante pour le CICR et une suite logique à notre travail actuel en Afghanistan, en Irak et à Guantanamo".

LA POLOGNE "PAS CONCERNÉE"

L’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a pour sa part précisé qu’elle soupçonnait plus particulièrement la Pologne, membre de l’UE et la Roumanie, qui doit y accéder en 2007, d’héberger ces prisons clandestines. Tom Malinowski, directeur de l’antenne de Washington de HRW, a indiqué que des sources en Afghanistan ont indiqué que des hauts responsables d’Al-Qaïda capturés dans cette région ont été déplacés en septembre 2003, parmi lesquels Khalid Sheikh Mohammed et que le même mois, un Boeing 737 loué par la CIA pour transporter des prisonniers a quitté Kaboul et a fait escale sur des aérodromes isolés de Pologne et Roumanie, avant de se rendre au Maroc et sur la base américaine de Guantanamo (Cuba). "C’est un gros avion, on peut imaginer qu’un important groupe de prisonniers a voyagé sur cet avion, par opposition à de plus petits avions utilisés" par la CIA, a déclaré M. Malinowski à l’AFP. "Le fait qu’il s’arrête en Europe de l’Est, puis au Maroc, puis à Guantanamo suggère que différentes catégories de prisonniers ont pu être déposés en différents endroits", a-t-il ajouté.

La Roumanie n’abrite "pas de bases de la CIA", a déclaré, jeudi, le premier ministre Calin Tariceanu, tandis que plusieurs responsables polonais se sont empressés d’affirmer que leur pays n’avait jamais été contacté par les Etats-Unis dans cette affaire. "Je ne sais rien à ce sujet", a déclaré jeudi à la presse le ministre de l’intérieur Ludwik Dorn. "J’ai l’impression que cette affaire ne concerne pas la Pologne", a déclaré Adam Rotfeld, ministre des affaires étrangères jusqu’à lundi dernier. Il a, en outre, affirmé de n’avoir jamais entendu parler d’une proposition américaine d’installer des prisons secrètes en Pologne.

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L’image satellite d’une implantation en Afghanistan, le 17 juillet 2003. D’après le "Washington Post", c’est la plus grande prison secrète installée par la CIA dans le pays.


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