samedi 16 décembre 2017

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"Sites noirs" à la CIA

Le Monde

vendredi 4 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Depuis le 11 septembre 2001, George W. Bush considère que la lutte implacable qui doit être menée contre le terrorisme justifie que l’on s’exonère de quelques obligations morales du droit international. Quelques jours après les attaques du 11 Septembre, le président américain a donc accordé à la CIA des pouvoirs étendus pour transférer des suspects d’actes terroristes à l’étranger. C’est sur cette base que sont apparues les "prisons fantômes" de la CIA.

Selon des révélations du Washington Post, la CIA détiendrait les plus importants dirigeants d’Al-Qaida qui ont été capturés ­ une trentaine de personnes au total ­ dans des prisons secrètes à l’étranger, baptisées "sites noirs". Ces prisons fantômes pour djihadistes se trouveraient dans des pays d’Europe centrale, sur d’anciennes bases soviétiques. L’organisation humanitaire Human Rights Watch a cité la Pologne et la Roumanie, pays qui, comme la Hongrie, ont démenti couvrir et abriter de telles pratiques. Plus troublant : le gouvernement de la République tchèque a reconnu avoir été sollicité par Washington, affirmant avoir rejeté sa requête.

Les révélations du Washington Post n’ont pas provoqué de véritable démenti de la part des autorités américaines. Stephen Hadley, conseiller à la sécurité nationale, a estimé à propos de ces prisons que "le fait qu’elles soient secrètes, pour autant qu’elles existent, ne signifie pas que la torture pourrait y être tolérée". La polémique a incité les démocrates américains à relancer leur offensive contre la pratique des sévices ­ sinistrement illustrée sur la base de Guantanamo à l’égard des suspects d’actes terroristes ­ en faisant voter par la Chambre des représentants un amendement du républicain John McCain. Ce texte, adopté par le Sénat, prévoit que tout détenu sous garde américaine sera exempt de "traitements cruels, inhumains ou dégradants". La Maison Blanche s’oppose à cet amendement.

Les Etats-Unis, qui ont si longtemps défendu les droits de l’homme et les valeurs morales de la démocratie à travers le monde, en sont-ils venus à demander à des pays européens, membres de l’OTAN et acteurs de l’Union européenne, de faire "le sale boulot" sur des détenus djihadistes exportés ? On ne peut imaginer, et encore moins admettre, si elles sont avérées, de telles pratiques, non seulement illégales au regard du droit international, mais moralement condamnables.

L’ancien président Jimmy Carter a ainsi déploré que, depuis l’arrivée de M. Bush à la Maison Blanche, "il y -ait- eu un changement radical et profond des principes politiques et des valeurs morales" des Etats-Unis. La secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, prompte à défendre, à l’étranger, la démocratie et les droits de l’homme, peut-elle admettre que les Etats-Unis sollicitent des pays de l’Union européenne pour enfreindre le droit et la morale ? A l’égard du Vieux Continent, une telle attitude relèverait de l’arrogance, voire du mépris.


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