jeudi 19 octobre 2017

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L’État veut se protéger contre les téléphones espions

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

samedi 7 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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Des services secrets français aux palais nationaux, des appareils rendant inopérants les mobiles aideront à mieux garantir la confidentialité des réunions stratégiques.

Ce ne sont que quelques lignes dans le projet de loi de programmation militaire, mais elles en disent long sur le climat ambiant chez les tenants du secret d’État. Dans ce texte qui sera débattu avant l’été, le gouvernement va autoriser (article 15) le brouillage des téléphones portables dans les « établissements affectés aux be­soins de la Défense et de la Sécurité nationale ». En clair : les sites sensibles de la République, à commencer par les sièges de la DGSE (espionnage), ou de la DCRI (contre-espionnage), mais aussi les installations nucléaires, les sites liés à la direction générale de l’armement et, au-delà, tous les lieux où se prennent les décisions stratégiques, comme la salle du Conseil des ministres à l’Élysée, et pourquoi pas le bureau même du président de la République, chef des armées.

La législation actuelle n’autorise en effet de tels dispositifs que dans les salles de spectacle ou de cinéma, pour bloquer le mobile des malotrus, et dans les prisons, pour empêcher les détenus de communiquer avec des complices.

Les services de l’État ne sont autorisés à brouiller une zone que pour régler un problème technique : par exemple, un relais de téléphone mobile qui perturberait les émissions d’un radar ou d’une balise utiles à la sécurité.

Un brouilleur n’est d’ailleurs pas toujours simple à mettre en œuvre. En 2004, à la maison d’arrêt de Nîmes, un engin mal calibré avait bloqué l’ensemble du réseau aux alentours, provoquant la colère des habitants et des opérateurs. Ces derniers mettent en avant l’obligation qui leur est faite de pouvoir relayer à tout moment les appels d’urgence.

Avec le nouveau système, ce paramètre sera pris en compte. « Seules quelques pièces des bâtiments concernés seront isolées électroniquement », assure un haut fonctionnaire très au fait du dossier.

L’État est bien placé pour savoir que les murs ont des oreilles, lui, qui le premier, recourt aux procédés les plus sophistiqués pour capter des informations utiles à sa propre sécurité. « Il est même possible de contrôler un mobile éteint », assure un agent du contre-terrorisme. Une main invisible l’active alors depuis l’extérieur pour servir de micro. Seuls certains appareils peuvent ainsi jouer les chevaux de Troie. L’État se sent vulnérable

Cet article 15 constitue une parade autant qu’un aveu : à l’heure où les progrès techniques facilitent l’espionnage par des officines agissant pour le compte de groupes privés ou de puissances étrangères, l’État se sent vulnérable. « Les services de l’État peuvent aussi se faire entre eux de mauvaises manières, en s’espionnant les uns les autres », avoue un préfet.

Le système D a longtemps été la parade. Les policiers bien informés prennent souvent la précaution d’enlever la batterie de leur mobile avant de faire des confidences lors de rendez-vous discrets. Au siège de la DGSE, boulevard Mortier, à Paris, comme à l’ambassade des États-Unis, un visiteur ne peut pénétrer sans avoir déposé à l’entrée son téléphone. À la DCRI, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), il faut glisser son portable éteint dans une pochette placée à l’entrée des salles de réunion. Une précaution que prend également l’ambassade de Grande-Bretagne, à deux pas de l’Élysée. Le secrétariat général de la Défense nationale s’est doté, pour sa part, d’une « cage de Faraday », c’est-à-dire une salle de réunion aux parois totalement hermétiques aux ondes.

De plus en plus de mosquées salafistes se dotent de brouilleurs pour empêcher que des policiers infiltrés n’enregistrent avec leurs mobiles les prêches, regrettent les ex-RG.

En 2007, l’ancien premier secrétaire du PS, François Hollande, a, lui aussi, rendu muet les portables au siège du PS par un brouilleur activé lors des réunions importantes du mardi. Et personne n’a rien trouvé à redire. Un député fabiusien s’en amuse : « Se plaindre, c’était courir le risque d’être pris pour un espion… »


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