dimanche 17 décembre 2017

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La suppression du juge d’instruction ouvrirait un marché aux détectives privés

Isabelle Mandraud, le Monde

samedi 7 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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C’est un congrès un peu étrange que celui des détectives privés, où l’on peut voir un des protagonistes enfiler une perruque blonde et se coller une moustache noire avant de répondre aux questions d’un journaliste de télévision. Où la musique de Mike Hammer, le héros de la célèbre série américaine, résonne à la tribune devant le parterre d’enquêteurs réunis, vendredi 6 mars, dans une salle parisienne prêtée par un assureur. Un congrès qui entend redresser l’image d’une profession ternie par des scandales - notamment l’espionnage d’Olivier Besancenot. Et qui piaffe à l’idée de l’ouverture d’un nouveau marché : la contre-enquête pénale.

La réforme annoncée par Nicolas Sarkozy, qui aboutira à la disparition du juge d’instruction, offre de belles perspectives. L’enquête et la réunion des preuves pour l’accusation seront conduites par le parquet, tandis que les droits de la défense se trouveront renforcés. Dès lors, les avocats devront mener des contre-enquêtes, tâche qu’ils confieront aux détectives, comme ils l’ont fait depuis longtemps pour les constats d’adultère dans les affaires civiles. "Plus de 40 000 avocats, demain, auront une partie de l’enquête et devront déléguer parce que ce n’est pas leur boulot : c’est peut-être l’avenir de notre profession", s’est enthousiasmé Roger-Marc Moreau, "agent d’assistance pour la défense des droits" ainsi que l’indique sa carte de visite.

Spécialiste des contre-enquêtes, M. Moreau définit la mission : "Recueil de témoignages, reconstitutions, chronométrage." Il prodigue ses conseils : "Ne pas accuser policiers et magistrats d’avoir mal fait leur travail."

Moyennant quoi, ce détective estime qu’il n’y a pas à redouter une justice à deux vitesses entre riches et pauvres "puisqu’elle existe déjà". Dans la salle, un collègue suisse approuve : "Nous sommes des auxiliaires de justice."

Soumis à une réglementation accrue et à une forte concurrence, les détectives, dont 20 % sont d’anciens policiers et gendarmes, voudraient avoir accès à certains fichiers administratifs et de police. Pas question, leur a répondu Christophe Salin, représentant du ministère de l’intérieur, "les fichiers de l’Etat sont au service de l’Etat". "Dans mon métier, je n’ai pas besoin d’Edvige, je vais sur Facebook. Là, il n’y a pas de CNIL, pas de règles contraignantes", a assuré Alain Juillet, le haut responsable français chargé de l’intelligence économique.

"Des dérives, il y a en a toujours eu : ce n’est pas parce qu’il y a quelques filles rue Saint-Denis que toutes les femmes sont malhonnêtes", a-t-il tenté de minimiser. Mal lui en a pris. Une main s’est levée : "Je suis un de ceux qui faisaient la rue Saint-Denis...", l’a apostrophé Patrick Baptendier, un ancien gendarme poursuivi en justice pour avoir collecté illégalement des informations pour des sociétés avec la bénédiction, selon lui, de la DST.


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