vendredi 15 décembre 2017

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« La condition posée d’un renforcement de l’Europe de la défense n’a pas été remplie »

Alex Türk - Président de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés - Bruno Tertrais - Maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, Propos recueillis par Catherine Chatignoux, les Echos

jeudi 12 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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Le retour de la France dans l’Otan a été longtemps conditionné par Nicolas Sarkozy au renforcement de l’Europe de la défense. Est-ce que ce lien n’est pas passé à l’arrière-plan aujourd’hui, dans la stratégie de la France ?

C’était clairement l’une des conditions posées à l’été 2007 par le président de la République et, jusqu’ici, elle n’a pas été totalement remplie. Il n’y a pas eu, en particulier, d’avancée sur la mise en place d’une structure de planification et de conduite d’opérations au niveau européen. Cela dit, il y a eu des débats au sein de l’Union, notamment pendant la présidence française de l’Union européenne, au cours du second semestre 2008, et des progrès ont été réalisés. La France peut se targuer d’avoir multiplié et diversifié le nombre des opérations militaires européennes, y compris avec la participation de pays traditionnellement plus réticents qu’elle-même, la Grande-Bretagne ou le Danemark. Un bon exemple en est l’opération Atalante lancée par l’Union européenne pour lutter contre les pirates somaliens dans le golfe d’Aden.

Ce renforcement de la Défense européenne a-t-il des chances d’intervenir dans les mois prochains ?

Il reste au coeur de la démarche de la France, qui escompte bien des bénéfices politiques en faveur de l’Union européenne, une fois son intégration accomplie. Mais le discours officiel de l’été 2007 donnait le sentiment, à tort ou à raison, qu’il devait y avoir au préalable une avancée concrète sur l’Europe de la défense telle que la mise en place d’une structure européenne de commandement. Cela n’a pas encore été réalisé, mais le climat politique pour y parvenir devrait être meilleur une fois la réintégration réalisée.

Est-ce que la France a obtenu la garantie de ses partenaires européens que sa stratégie sera couronnée de succès ?

On ne peut avoir de garanties dès lors qu’il s’agit d’un pari politique. La France mise sur les conséquences induites d’une confiance restaurée avec ses partenaires de l’Alliance. Il ne s’agit pas d’un marchandage. Ce qui est certain c’est que le contexte politique intérieur britannique n’a pas aidé ces derniers mois à concrétiser les ambitions de la France dans le domaine de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Or la Grande-Bretagne est l’une des clefs de cette politique. Gordon Brown pouvait difficilement s’engager dans des initiatives majeures pour l’Europe de la défense sans ouvrir un boulevard pour son opposition.

N’y aura-t-il pas un risque qu’une fois la France réintégrée dans l’Otan certains Etats européens considèrent que l’Europe de la défense n’a plus lieu d’être ?

C’est difficile à dire. Le pari de la France est légitime, mais c’est un fusil à un coup : la France ne pourra pas passer son temps à entrer et à se retirer des commandements de l’Otan ! L’argument qui consisterait à dire que la PESD coûte trop cher n’est pas valable, car les éventuelles duplications européennes de structures de l’Otan auraient des conséquences très limitées en termes de coût. Et quand on constate que l’un des principaux « think tanks » conservateurs américains, la Heritage Foundation, écrit que l’entrée de la France est un danger pour l’Alliance, car elle va permettre justement le développement de la PESD, on peut se dire que le pari français n’est pas dénué de sens...

Quelle est l’utilité de conserver une défense européenne ?

Pour l’heure, la défense collective contre une menace extérieure reste l’apanage de l’Otan, mais le projet d’une « défense commune » fait partie des objectifs de l’Union. Ce qui existe déjà et qu’on appelle l’identité européenne de défense et de sécurité, ou l’Europe de la défense, a un double objectif : L’Europe doit pouvoir agir militairement, dès lors que les Etats-Unis ne souhaitent pas ou ne veulent pas le faire. Ensuite, la nature même du projet européen suppose que l’Europe dispose de l’intégralité des instruments de la puissance. Il n’y a pas de raisons que le volet militaire en soit absent. Il est possible qu’un jour l’Europe décide qu’il lui appartient de se défendre elle-même. Mais nous n’en sommes pas là.


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