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L’interception d’un missile coréen : menace ou réalité ?

Ilia Kramnik, RIA Novosti

mardi 24 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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La Corée du Nord a annoncé qu’elle s’apprêtait à lancer, dans les premiers jours d’avril, une fusée en vue de mettre en orbite un satellite de communication. Le lanceur, au nom poétique de Voie lactée-2 (Unha-2), est une version du missile balistique de trois étages Taepodong-2, capable d’atteindre des cibles à une distance d’environ 7.000 km. C’est pourquoi de nombreux spécialistes estiment que l’objectif principal de ce tir est de tester le missile, et non pas de mettre en orbite une charge utile.

Pyongyang a prévenu ses voisins de ce lancement et indiqué les zones de retombée des débris des premier et deuxième étages du missile, mais l’annonce de ce prochain tir inquiète les pays qui lui sont proches géographiquement. Ainsi, le Japon a promis d’abattre le missile coréen au cas où sa trajectoire représenterait une menace pour lui.

Pour justifier cette décision, le premier ministre japonais Taro Aso a déclaré que le tir de cette fusée, même dans le but de mettre en orbite un satellite, comme l’affirme la Corée du Nord, serait une violation de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est la raison pour laquelle le Japon a l’intention d’élever une protestation auprès de l’ONU et d’exiger l’annulation du lancement.

L’interception de la fusée Voie lactée est également prévue, en cas de nécessité, par les Etats-Unis.

La lutte contre la menace des missiles nord-coréens a été et demeure l’un des principaux arguments avancés en vue de justifier le déploiement du système de défense antimissile des Etats-Unis et de leurs alliés les plus proches. Une batterie de missiles de DCA Patriot PAC-2 et PAC-3 (PAC, pour Patriot Advanced Capability) déployée au Japon, ainsi que des navires Aegis des Marines nippone et américaine constituent l’un des principaux éléments de ce système.

Ces navires, dotés de missiles de DCA SM-2 et SM-3, peuvent intercepter les missiles balistiques à leur départ et lors de la phase finale de leur trajectoire. Les systèmes basés au sol sont destinés à protéger les ouvrages particulièrement importants et à intercepter les cibles balistiques lors de la phase finale de leur trajectoire.

Les navires dotés de missiles SM-3 peuvent intercepter les cibles à une distance de 50 km et une altitude de 250 km, ceux dotés de missiles SM-2, à une altitude de 25 km et une distance de 170 km.

Les tests des systèmes navals ont prouvé leur capacité à intercepter des cibles réelles : ainsi, le 21 février 2008, un missile SM-3 lancé à partir du croiseur Lake Erie, dans le Pacifique, a détruit, à une altitude de 247 km, le satellite espion USA-193, en perdition, qui se déplaçait à 36.667 km/h.

Les systèmes basés au sol ont des caractéristiques plus modestes : ainsi, le PAC-3 peut intercepter les têtes de missiles balistiques à une altitude d’environ 20 km et une distance de 50 km. La portée des systèmes de missiles embarqués et la capacité des navires de changer assez rapidement de place font des systèmes navals, et avant tout du SM-3, l’ennemi principal des missiles coréens.

Les forces navales japonaises disposent actuellement de six destroyers Aegis, deux ou trois d’entre eux étant capables, selon différentes informations, de tirer des missiles SM-3. Le détachement de navires de cette classe de l’US Navy stationné dans les ports japonais compte également cinq bâtiments.

En cas de nécessité, le groupement de navires nippo-américain serait capable, avec une très forte probabilité de réussite, d’intercepter le missile nord-coréen. Il resterait alors à évaluer les conséquences politiques et militaires d’un tel acte.

Compte tenu des rapports actuels entre la Corée du Nord, d’une part, les Etats-Unis et le Japon, de l’autre, une telle interception entraînerait la rupture totale de tous les contacts et une montée brutale de la tension dans la région, ce qui ne serait certainement pas accueilli favorablement par les plus proches voisins de la Corée du Nord : la Chine, la Russie, ainsi que la Corée du Sud, qui ne seraient nullement intéressées par une pareille tournure des événements.

C’est pourquoi le Japon et les Etats-Unis choisiront très probablement non pas une action militaire ostensible de ce type, mais plutôt un autre moyen pour faire pression sur la Corée du Nord.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.


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