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L.c. Régis Fohrer (cyber-criminalité) : "Il manque un sémaphore pour le numérique"

Philippe Guerrier, VNUnet.fr

mardi 24 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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FIC 2009 : interview du Chargé de mission intelligence économique et nouvelles criminalités rattaché à la gendarmerie de la région Nord - Pas de Calais.

Pour la troisième année consécutive, la région de gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais, avec le soutien de l’Union européenne, organise mardi le Forum International sur la Cybercriminalité (FIC 2009) le mardi 24 mars 2009 au Grand Palais à Lille. Evènement auquel devrait assister Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur.

Il permet de faire le point avec l’ensemble des acteurs (publics et privés, nationaux et internationaux, collectivités territoriales, économiques et juridiques, experts en criminalité numérique...) pour développer "une approche partenariale et transfrontalière" de la lutte contre la cyber-criminalité.

Commissaire général de l’événement FIC 2009, le Lieutenant-colonel Régis a une mission spécifique au sein de la Gendarmerie pour la région Nord - Pas de Calais. Il occupe le poste atypique de Chargé de mission intelligence économique et nouvelles criminalités. (Interview téléphonique réalisée le 16 février 2009)

Vnunet.fr : Quelles sont les moyens mis en place pour lutter contre la cyber-criminalité ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : La police nationale et la gendarmerie nationale disposent des mêmes moyens. Chacun dispose de 150 experts en nouvelles technologies répartis sur toute la France. Pour les gendarmes, on parle de N-TECH. Sur la région Nord-Pas-De-Calais, nous avons une dizaine de N-TECH et le double de "référents" : ce sont des gendarmes dans les unités territoriales (les brigades de gendarmerie) de prendre les premières mesures conservatoires dès qu’il y a une infraction touchant les nouvelles technologies. Ils sont formés par des spécialistes pour réaliser les premières constatations sur le terrain.

Vnunet.fr : Quels types d’actions menez-vous ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : Nous partons du principe que plus tôt le judiciable (citoyens, chefs d’entreprises, écoliers…) est informé des dangers liés aux nouvelles technologies, plus tôt il va s’en prémunir. Nous parlons avec toutes les strates de la population car elles sont en contact avec les nouvelles technologies. Elles manquent de sensibilisation à l’économie numérique alors qu’elles ont plongé dedans très rapidement. Elles ne voient pas forcément tous les écueils et tous les avantages. Nous rencontrons aussi des problèmes de prise de conscience des gendarmes sur le terrain. Ils ne prennent pas suffisament en compte la nécessité de traiter les délits numériques de manière spécifique. Nous travaillons beaucoup en amont pour nous concentrer sur le volet de la sécurité numérique et économique en aval. Deux enjeux majeurs du XXIème siècle quand on les combine. Nous organisons des entretiens individuels ou des séminaires avec l’Agence pour la diffusion de l’information technologique (ADIT). Nous sommes en train d’élaborer avec elle des diagnostics de sécurité numérique et d’intelligence économique.

Vnunet.fr : Quelles menaces percevez-vous à votre niveau ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : On voit de tout. Prenons le cas d’une entreprise qui vient de brûler mais qui avait pensé à externaliser la sauvegarde de ses données. Ce qui va lui permettre de reprendre assez rapidement sa production. Nous avons également le cas d’un site piraté d’une agence de mannequins qui a été dupliqué avec un faux numéro Siren. Ou encore un particulier qui subit une usurpation d’identité sur les réseaux sociaux. Plus les ficelles des arnaques sont grosses sur Internet, plus cela marche. Mais, le plus gros de notre activité (à 80%), c’est la lutte contre la pédo-pornographie en ligne.

Vnunet.fr : Justement, dans le cadre d’un récent discours sur la politique familiale, le Président de la République Nicolas Sarkozy a évoqué le filtrage des sites pédo-pornographiques. Qu’en pensez-vous ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : J’adhère à 100%. Il faut vraiment que les citoyens prennent conscience de l’existence du cyber-espace et de ses dérives. A l’occasion du FIC, j’organise un atelier de trois heures sur le numérique et l’enfance. Cela concerne tout le monde. Y compris les chefs d’entreprises, qui doivent parfois justifier le fait que des images pédo-pornographiques figurent sur l’un de ses postes de travail.

Vnunet.fr : Comment peut-on améliorer la lutte contre la cyber-criminalité en France ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : Il faut élaborer une éducation spécifiques aux nouvelles technologies et impliquer tous les acteurs. Pourquoi pas instaurer un code de la route numérique…

Vnunet.fr : Les initiatives prises par les divers intervenants ne sont-elles pas dispersées ?

Lieutenant-colonel Régis Fohrer : Il manque un sémaphore* pour l’environnement numérique. Un espèce de grand phare qui sert de repère pour le trafic sur Internet. Certes, il faut prendre en compte les spécificités régionales mais il manque un pilotage central en France mais aussi de la visibilité au niveau européen.

* Poste de surveillance en bord de côte qui assure des missions diversifiées qui vont de l’assistance à la navigation jusqu’à la surveillance du territoire en passant par la régulation du trafic maritime et de la pêche.

A lire également sur le même thème sur Silicon.fr (groupe NetMediaEurope, éditeur de Vnunet.fr) : Lieutenant-Colonel Régis Fohrer : "La cyberguerre a déjà commencé" (19/03/09)


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