mercredi 18 octobre 2017

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Les héroïques décrypteuses d’Enigma sortent de l’ombre

Olivier Bot, Tdg.ch

vendredi 27 mars 2009, sélectionné par Spyworld

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Elles ont gardé le silence pendant plus de soixante ans. Celles qui ont décodé des milliers de messages du commandement allemand durant le second conflit mondial ont fait leur « coming out ». Et posé pour la postérité devant la « Bombe Turing »…

Hitler leur doit une part de sa défaite face aux Alliés. Et Churchill une part de son prestige militaire. Mais jusqu’à cette semaine, les « craqueuses du code secret des machines Enigma » étaient restées des personnages de fiction (lire encadré) . Rien dans les livres d’histoire sur les vrais acteurs de cette fabuleuse histoire d’espionnage qui a inspiré le cinéma. Ces petites mains du renseignement, mises au secret dans un manoir de la campagne anglaise, ont permis au cabinet de guerre britannique de décrypter des milliers de messages dévoilant les intentions allemandes. Des informations cruciales ont ainsi été livrées aux états-majors alliés, durant la bataille de l’Atlantique contre les sous-marins allemands, sur la campagne africaine du maréchal Rommel et lors de la prépa­ra­tion du débarquement allié deNormandie, le jour J.

« Les oies » du Vieux Lion

Pendant plus de soixante ans, Ruth Borne, 83 ans, et JeanValentine, 84 ans, ont gardé le secret sur leurs activités pendant la guerre. Autorisées à se confier à leurs seules familles dans les années 70, ces « oies qui couvent des œufs en or sans cancaner », comme les appelait le Vieux Lion Churchill, ont fait leur coming out public, enfin libérées des consignes de silence. Les deux vétérans de la Royal Navy se sont retrouvés avec d’autres, mardi,à 80 kilomètres de Londres, là où les Britanniques avaient réuni leurs meilleurs cerveaux pour monter leur service du code et du chiffre.

Dans le manoir de Bletchley Park, loin de la capitale visée par le Blitz des avions de la Luftwaffe et les fusées V2 du IIIe Reich, une équipe de mathématiciens, de joueurs d’échecs et autres amateurs d’algorithmes a mis au point une fabuleuse machine, large comme un vaisselier, capable de décoder les messages du commandement nazi, sortis des fameuses machines Enigma.

Détruit au sortir du conflit mondial par sécurité, cet énorme calculateur, mis au point par le mathématicien Alan Turing, a été copié pour devenir une pièce maîtresse du musée qui s’est installé dans le manoir. Le plus célèbre des espions, James Bond sous les traits du Britannique Roger Moore, s’est d’ailleurs engagé à trouver des fonds pour financer ce haut lieu de la guerre secrète. Face à la « Bombe Turing », précurseur de nos ordinateurs, les souvenirs des deux Anglaises remontent. Le cheveu a blanchi, mais le sentiment du devoir accompli est intact. Il a même grandi avec le temps. Car, à l’époque, l’extrême confidentialité de leur mission et l’organisation compartimentée du service « Code ultra » ne leur permettaient pas de deviner l’ampleur du travail accompli. « Nous n’étions pas censés poser de questions. Ni savoir ce que disaient les messages », raconte Jean. « Le déroulement de la guerre aurait été très différent sans cela », commente Andrew Hodges, biographe d’Alan Turing. Message reçu 5 sur 5 par Ruthet Jean, qui sourient.


Sur les écrans

Deux films sont consacrés à cette histoire secrète.

Le décryptage d’Enigma dans le manoir de Bletchley Park a inspiré un roman d’espionnage de l’écrivain britannique Richard Harris.

Il a été adapté au cinéma, sous le titre d’Enigma en 2001, par Michael Apted, avec l’actrice oscarisée, Kate Winslet. Le second film U-571 raconte la récupération d’une machine Enigma dans un sous-marin allemand et a été réalisé par Jonathan Mostow en 2000. Chacun peut désormais coder ses messages avec Enigma sur le Net.

Pour le décodeur, à vous de trouver.

© AP | Ruth Bourne (à g.) et Jean Valentine devant la réplique de l’énorme calculateur d’Alan Turing, qui décodait les messages du commandement nazi, sortis des fameuses machines Enigma.


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