mardi 17 octobre 2017

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Accès de fièvre autour du « satellite » nord-coréen

Sébastien Falletti, le Figaro

vendredi 3 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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La Corée du Nord menace d’abattre des avions espions américains, alors qu’une fusée aux allures de missile balistique nargue la communauté internationale sur son pas de tir.

Quand l’hymne de la Corée du Nord a retenti mercredi dans la nuit de Séoul, la foule du stade s’est levée pour applaudir poliment. Puis les Diables rouges, les joueurs de la Corée du Sud capitaliste, se sont lancés à l’assaut du but gardé par leurs frères ennemis communistes avec pour seul objectif de décrocher un billet pour la prochaine Coupe du monde de football. Un intermède footballistique surréaliste dicté par le calendrier de la Fifa, au moment où les tensions dans la péninsule sont au plus haut et où Pyongyang s’apprête à défier la planète en lançant un « satellite de communication ».

Depuis plusieurs jours, la fusée nord-coréenne de plus de trente mètres nargue le monde, et les avions espions américains sur le pas de tir de Musudan, dans le nord-est de la péninsule. La dernière phase des préparatifs en vue du lancement annoncé par la dictature entre les 4 et 8 avril a commencé, en dépit des mises en garde des États-Unis et des autres puissances de la région. Les services de renseignements américains décortiquent les clichés aériens pour tenter de déceler ce qui se cache sous le troisième étage de l’engin. S’agit-il d’un satellite, comme l’affirme officiellement le régime, qui défend son droit souverain à un programme spatial, ou plutôt d’une grossière couverture pour tester un missile balistique capable d’atteindre le territoire des États-Unis, comme le craint le Pentagone ?

Une ingérence dé­noncée par la dictature communiste, qui a encore fait monter la tension d’un cran mercredi en menaçant les drones et avions de renseignement américains. « Si les impérialistes osent infiltrer leurs avions espions dans notre espace aérien pour contrer les préparations du lancement de notre satellite pacifique, nos forces armées révolutionnaires répliqueront sans pitié », a affirmé la radio d’État communiste. Face à la détermination de Pyongyang, les États-Unis et les puissances régionales peinent à afficher un front uni. L’Administration de Barack Obama, déjà accaparée par les crises au Moyen-Orient et en Afghanistan, veut éviter à tout prix un nouveau front en Asie du Nord et tente de calmer le jeu.

L’espoir d’un grand marchandage

Washington louvoie entre, d’un côté, Tokyo et Séoul, partisans d’une ligne dure contre Pyongyang et, de l’autre, Pékin et Moscou, qui sont réticents à imposer des représailles contre le Nord. En marge du sommet du G20, Barack Obama doit tenter de convaincre le président chinois Hu Jintao de soutenir une nouvelle batterie de sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU en réponse au tir nord-coréen. Pékin hésite à irriter son « petit frère » du Nord, car chacune de ses provocations donne de nouveaux prétextes au Japon et aux États-Unis pour renforcer leur présence militaire dans la région.

Au sein même de l’Administration démocrate, le débat se poursuit sur la stratégie à adopter face à Kim Jong-il. Alors que certains conseillers du président plaident pour des discussions directes avec la dictature afin de désamorcer la crise, Robert Gates, le secrétaire à la Défense, est méfiant. L’arrivée de Hillary Clinton à la tête de la diplomatie américaine a relancé à Pyongyang les espoirs d’un grand marchandage avec les États-Unis, qui permettrait de renouer le fil du dialogue qui s’était tissé sous la présidence de Bill Clinton. Pour l’heure, la Maison-Blanche ne semble pas avoir encore arrêté sa stratégie et privilégie officiellement les pourparlers à six sur le nucléaire, plutôt que la piste bilatérale. Un débat suivi de très près par la Corée du Sud, qui redoute que les États-Unis n’engagent dans son dos des discussions di­rectes avec le Nord.

En attendant, Séoul peut sa­vourer sa victoire arrachée sur la pelouse à la 88e minute du match. Une maigre consolation, car Kim Jong-il semble déterminé à jouer les prolongations face aux grandes puissances.


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