mardi 24 octobre 2017

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DGSE : qui sont ces agents secrets qui vivent près de chez nous ?

François Barrère, Midilibre.com

dimanche 5 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Deux militaires appartenant à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services spéciaux français, ont trouvé la mort lundi sur un terrain d’entraînement implanté sur la commune d’Opoul (Pyrénées- Orientales) entre les Corbières et la plaine du Roussillon.

Cet accident dramatique a mis en lumière l’action de ces « soldats de l’ombre » aux missions très spéciales et à la vie à hauts risques. La partie hautement surveillée du palais des Rois de Majorque à Perpignan, est l’une de leurs bases d’entraînement. Midi Libre a tenté de lever un coin du voile épais. Rencontre avec un ancien de la DGSE. Pierre Martinet, ancien du service action.

Comment entre-t-on au service action de la DGSE ?

On y rentre avant tout en le demandant et en postulant officiellement. La sélection se fait en plusieurs étapes. Il y a un premier tri sur dossier, puis trois jours de tests à Paris. En fonction du profil, et en cas de succès, on est affecté à l’un des trois centres de formation. Celui de Quelern, près de Brest, centré sur les nageurs de combat, celui de Cercottes, près d’Orléans, pour ceux qui seront agents clandestins, et le centre parachutiste d’instruction spécialisé (CPIS) de Perpignan, pour les missions de guérilla, de contre guérilla et de commando clandestin. C’est la force de frappe de la DGSE.

Et ensuite ?

Il y a une formation d’un an, avec un tronc commun aux trois centres, et un passage dans chacun d’entre eux : on touche aux trois spécialités. Au CPIS de Perpignan, on apprend à utiliser toutes les armes, les techniques de tir et tous les explosifs, connus et pas connus. Ceux qui restent au CPIS ont une formation complémentaire longue : c’est l’entraînement le plus poussé qu’on puisse trouver sur ce marché des unités d’élite. On a l’avantage d’avoir des budgets conséquents, vu nos missions particulières.

Cet entraînement est-il dangereux ?

C’est un entraînement au plus proche de la réalité, où rien n’est factice : on utilise des vraies munitions, des vrais explosifs, on vit avec une arme avec une cartouche dans la chambre. C’est toute une mise en condition, car on ne peut pas former des gens à des missions spéciales, à l’extrême, avec des situations fictives. On a besoin de personnes au top, "Full Qualif’", comme on dit.

Connaissez-vous le terrain où a eu lieu le drame de lundi ?

Opoul est un site réglementé, prévu pour ça : on y fait beaucoup de tir et d’explosif, dans des carrières. Mais on n’y fait pas n’importe quoi, on a un règlement et des procédures internes, même si elles sont non-conventionnelles au sein de l’armée. Je ne sais pas ce qui s’est passé lundi, si c’était un entraînement, ou de jeunes recrues. Je sais simplement que le risque zéro n’existe pas, même si les accidents sont très rares, comparés aux millions de cartouches et aux milliers de pains d’explosifs que l’on utilise.

Mettre des explosifs sur un véhicule fait-il partie de l’entraînement courant ?

L’une des missions principales du service action, ce sont les opérations de neutralisation physique. Même si cela n’arrive pas, il faut y être prêt. Placer un explosif pour faire sauter une porte, une portière ou une voiture, c’est dans la logique de l’exercice en conditions réelles.

Quels types de missions mènent les hommes du CPIS ?

Ce sont des missions clandestines dans des pays en guerre, comme l’Afghanistan, le Kosovo, l’Irak. Des missions d’action, de protection "off" de personnalités. On enchaîne des périodes d’entraînement 24 heures sur 24, des missions réelles, des entraînements, avec un peu de vacances de temps en temps. C’est tout ça, le piment de ce métier. Rien n’est écrit à l’avance, on ne peut jamais se permettre de se relâcher.

Comment vit-on dans le secret ?

Tout ça est compliqué à gérer. A l’époque où j’étais au service action, il n’y avait pas de suivi psychologique. On est sans arrêt à changer d’identité, à partir pendant des mois à l’étranger, sans pouvoir donner de nouvelles à sa famille ou en recevoir, sans lien avec ses proches. C’est comme dans tous les métiers, il faut trouver l’équilibre entre le personnel et le professionnel. La limite est très fine, surtout si on n’a pas les bonnes bases.

Quelles peuvent-être les conséquences de ce drame ?

La médiatisation et l’aspect judiciaire ne sont pas vraiment un problème. Ce qui compte, c’est la perte humaine, qui est dramatique. Il y aura de toute façon une partie de cet univers qui ne sera jamais dévoilé. C’est une vraie famille, avec une solidarité réelle, et une amitié qui s’est forgée en transpirant ensemble et en côtoyant la mort. C’est un univers incomparable, quelque chose d’unique, qui vaut la peine d’être vécu. Même si on y laisse sa vie.


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