lundi 16 octobre 2017

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Et la Chine gagne au jeu du Pentagone

Maria Pia Mascaro, Libération.fr

mardi 14 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Hauts fonctionnaires et patrons de fonds spéculatifs ont joué à la guerre économique mondiale sous l’égide du ministère de la Défense américain.

C’était son premier exercice du genre. Le mois dernier, le Pentagone a mené une simulation de guerre économique entre plusieurs pays, a rapporté jeudi le site d’information www.politico.com. Contrairement aux traditionnelles mises en scène du département militaire américain, les participants à ce jeu de rôle n’avaient rien des conventionnels généraux, stratèges militaires et autres spécialistes de la guérilla urbaine. Le Pentagone avait réuni des hauts fonctionnaires de l’administration Obama, des patrons de fonds spéculatifs d’au moins une grande banque et des professeurs d’économie. L’exercice a eu lieu les 17 et 18 mars au laboratoire de physique appliquée de l’université John Hopkins, à Laurel, dans le Maryland, a confirmé à Libération Helen Worth, du service de presse de l’université. Pendant ces deux jours, les invités se sont mis dans la peau d’ennemis potentiels des Etats-Unis pour réagir à différents scénarios qui pourraient menacer l’équilibre économique mondial. Le Pentagone ne confirme ni n’infirme l’information. Un porte-parole, le commandant Darryn James, s’est borné à dire qu’il n’était « pas au courant de l’exercice ».

Juge et arbitre. A en croire Politico, l’événement avait été planifié bien avant l’effondrement des marchés, l’automne dernier. Reste que le script imaginé par le Pentagone, qui s’inspire très librement de la crise économique actuelle, donne un éclairage des préoccupations qui agitent les militaires américains. D’abord, les pays ou groupes de pays représentés à la table étaient au nombre de six : les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Asie du Sud-Est, l’Union européenne et le reste du monde. « Les participants devaient réagir à une série de catastrophes et de situations de crise, parmi lesquelles l’effondrement de la Corée du Nord, la manipulation des prix du gaz naturel par la Russie et une escalade des tensions entre la Chine et Taïwan », a précisé l’un des participants, Paul Bracken, professeur d’économie à Yale, spécialiste des stratégies économiques en temps de crise. Aux côtés des participants, une « cellule blanche » officiait au titre de juge et arbitre, donnant des points à chaque décision prise par les équipes en place.

Comme le souligne Politico, le résultat de ces guéguerres a « refroidi » les Etats-Unis. Le grand vainqueur a été la Chine, apparemment parce que les Etats-Unis et la Russie avaient passé trop de temps à s’affaiblir l’un l’autre, laissant le champ libre à Pékin. Paul Bracken s’est surtout interrogé sur les partis pris des participants. Ainsi, personne n’était prêt à envisager un lâchage du dollar par Pékin, arguant qu’une telle mesure serait trop préjudiciable à l’économie chinoise. Toutes leurs stratégies s’appuyaient sur ce pseudo-acquis. Mais ce professeur est convaincu que les Chinois pourraient parfaitement choisir une option médiane qui consisterait à vendre leurs dollars par étapes, augmentant l’instabilité économique des Etats-Unis sans mettre à mal leurs propres réserves.

Coups bas. « La mise en scène de ce jeu de rôle était particulièrement réaliste », a poursuivi Paul Bracken. Le campus de Laurel accueille régulièrement les hauts gradés de l’armée pour leurs simulations de stratégies militaires. Pour les familiers de l’endroit, la technologie et les moyens mis à disposition étaient impressionnants. Les participants étaient assis autour d’une table en forme de V, entourés d’écrans diffusant toutes sortes d’indicateurs économiques. Des hauts fonctionnaires du Pentagone et de la CIA, l’agence américaine de renseignement, observaient les stratégies, coups bas et autres tentatives de relance, imaginés par les invités. « C’était étonnamment réaliste », selon l’un des participants cité par Politico. Parmi eux, des cadres de l’UBS, un détail qui n’a pas échappé à des dizaines d’internautes, depuis que la blogosphère s’est emparée de cette histoire, alors que la banque suisse est soumise actuellement à rude pression de la justice américaine pour avoir consciemment aidé des citoyens américains à échapper au fisc de leur pays.

« Pardon ? Pour quelles raisons les Etats-Unis voudraient-ils avoir une banque étrangère comme l’UBS dans une telle réunion, alors que celle-ci s’est mouillée jusqu’au cou en aidant des gens illégalement à transférer leurs avoirs dans leur banque pour éviter d’avoir à payer des impôts ? Ont-ils perdu la tête ? », écrit TX Femmon sur Huffingtonpost.com, l’un des nombreux sites d’information avant relayé l’article de Politico. D’autres se gaussent de l’exercice dans son ensemble : « C’est hilarant. L’existence même des militaires dépend des prêts de la Chine et de la Russie à notre pays et ils causent de guerre économique ? Nous avons vraiment atteint des sommets stratosphériques d’absurdité », écrit StupidasStupidDoes, également sur Huffingtonpost. Et plusieurs internautes de noter qu’il est inutile d’aller se chercher des ennemis ailleurs quand les responsables de la crise sont à New York et Washington. « Un peu tard tout ça, non ? Avec l’assureur AIG et neuf banques sous la protection de Paulson [Henry, secrétaire du Trésor de George Bush, ndlr] et Geithner [Tim, secrétaire au Trésor actuel, ndlr], qui a besoin d’aller se chercher des ennemis étrangers ? », demande Hamletsmill.


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