dimanche 10 décembre 2017

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Google : « La CNIL est technophobe et pessimiste »

Peter Fleischer - Responsable de la protection des données personnelles chez Google, Propos recueillis par Emmanuel Paquette, les Echos

mercredi 15 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Alex Türk, le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a fait part de ses inquiétudes sur les problèmes de vie privée liés, notamment, aux moteurs de recherche (« Les Echos » 7 avril). Dans une interview aux « Echos », Peter Fleischer, responsable au niveau mondial de la protection des données personnelles pour Google, lui répond et réfute les arguments de la CNIL.

Le président de la CNIL accuse Google de bloquer les négociations européennes sur la durée de conservation des données personnelles des internautes. D’où vient ce blocage ?

Nous avons eu une audition devant l’ensemble des CNIL européennes, le G29, en février dernier. On nous a demandé quelle serait notre réaction si Microsoft et Yahoo ! abaissaient la durée de conservation des données des internautes. Mais deux acteurs ont déjà fait un effort. Yahoo ! est passé à 3 mois sous certaines conditions - pas toujours évidentes à comprendre pour les internautes - et nous, nous sommes passés à 9 mois, contre 18 auparavant. Microsoft n’a rien fait du tout. Certes, nous ne respectons pas les recommandations du G29, qui demande une durée de 6 mois. Mais ce n’est qu’une recommandation qui ne fait pas force de loi. Nous sommes prêts à faire mieux quand la technologie le permettra. Aujourd’hui, nous sommes obligés de conserver les données 9 mois pour améliorer notre algorithme de recherche. Les autres moteurs ont des algorithmes différents et peuvent être soumis à des arbitrages différents. Il est donc difficile de s’accorder sur le même délai de conservation.

Comment jugez-vous la position de la CNIL ?

Je trouve que le président de la CNIL, Alex Türk, a une vision très pessimiste des choses, une vision technophobe. Il caricature l’approche américaine, qui selon lui consisterait à considérer les données personnelles comme des biens marchands. Notre approche chez Google est réaliste et pragmatique. L’explosion de la circulation des données sur Internet augmente les risques de problèmes liés au respect de la vie privée, c’est indéniable. Il est plus facile de réunir des données éparses sur la Toile grâce, en partie, aux moteurs de recherche. Mais cela créé également des possibilités de transparence et de contrôle pour les utilisateurs sur ces données. C’est par exemple le cas de la publicité ciblée sur les préférences des internautes. Cela existe depuis dix ans. Mais nous sommes les seuls à permettre aux utilisateurs d’accéder à leur profil et de le modifier à leur guise ses préférences, voir de les désactiver pour ne plus avoir de publicité ciblée.

Mais les règles doivent bien être les même pour tous les acteurs pour créer de la transparence...

La Commission européenne a nommé un groupe de cinq experts pour réfléchir sur la protection des données personnelles. Je faisais partie de ce groupe mais il ne s’est réuni qu’une seule fois à Bruxelles. M. Türk a torpillé cette initiative à cause des liens commerciaux qu’entretenaient certains experts du groupe avec des entreprises américaines. Je le regrette. Ces réflexions se feront ailleurs.

Deux approches sont possibles pour définir des règles. Nos sociétés peuvent dépendre d’un régulateur national dont les décisions seront respectées par les autres pays. C’est déjà ce qui se passe pour l’industrie pharmaceutique. Dans un soucis d’efficacité, l’entreprise dépendrait du régulateur du pays où se trouve son activité principale ou son siège social. Dans notre cas, ce serait l’équivalent de la CNIL en Irlande, centre principal d’activité de Google en Europe. L’autre solution est de définir des règles communes au niveau mondial. J’ai proposé, lors d’un discours à l’Unesco, de définir ces règles harmonisées. Elles peuvent être définies au sein de différents organismes tels que la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec), l’ONU, l’OCDE, l’Unesco ou l’Union européenne. Mais les applications réglementaires de ces principes vont forcément être différentes d’un pays à l’autre. On ne peut pas imposer aux pays asiatiques d’agir comme les pays européens.

Microsoft estime qu’il faudrait au minimum 5 ans pour définir ces règles mondiales, ce qui laisserait le champ libre à Google...

(Sourire). Nous sommes sous la loupe quotidienne des autorités du monde entier. J’ai même été arrêté par des policiers à Milan et inculpé pour la diffusion d’une vidéo violente sur Google Video que nous avions retirée rapidement il y a deux ans de cela. J’ai été choqué par le procédé. Quoi qu’il en soit, en attendant la mise en place de règles mondiales, on peut travailler en parallèle dans des groupes de réflexions ou entre entreprises pour définir des principes communs. Cela a été fait aux Etats-Unis et en Angleterre avec le bureau de la publicité interactive (IAB).


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