lundi 23 octobre 2017

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Voix sur IP, une ouverture sous haute surveillance

Christophe Quester et Jérôme Desvouges, 01 DSI

lundi 14 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Si les entreprises, séduites par le réseau ouvert, sont interpellées sur la sécurité, les opérateurs se demandent comme facturer les services.

Les employés d’Airbus téléphoneront bientôt en utilisant la VoIP (voix sur IP), c’est-à-dire la technologie Internet : pas moins de 40 000 postes connectés au réseau commuté doivent être remplacés par des téléphones IP. Un contrat majeur qui préfigure la fusion entre informatique et télécoms. « Le réseau de demain sera fondé sur le tout-IP », assure Pierre Marin, directeur du système d’information de facturation (Sifac) de France Télécom.

Cette évolution va profondément bouleverser la physionomie du marché de la téléphonie fixe et de la téléphonie mobile. Pour les particuliers comme pour les entreprises. Car si la téléphonie IP rencontre un succès grandissant chez les particuliers, elle va considérablement se développer dans les entreprises. Pour des raisons économiques évidentes, la facture télécoms pouvant être drastiquement réduite. A l’horizon 2009, l’Idate, un institut spécialisé dans les télécoms, prévoit 180 millions de lignes IP dans les entreprises au niveau mondial, soit 40 % des lignes, contre 10 millions fin 2003 (2,5 % du total).

Sur le marché professionnel, les opérateurs télécoms et leurs clients ne pourront faire l’économie de transformations radicales de leurs systèmes d’information. Le basculement au tout-IP engendre d’importants problèmes, et notamment de sécurité. Autre conséquence, il favorise l’émergence de business models différents. De nouveaux intervenants, plus réactifs, s’approprient déjà des technologies récentes comme le Wi-Fi et le WiMAX (deux normes de transmission de données par ondes radio), et remettent en cause les modes de facturation classiques. Aux autres opérateurs de s’adapter.

L’impératif d’une sécurisation rapide

« Un réseau tout IP, ce sont des plates-formes de service et un système d’information complètement interconnectés », indique Pierre Marin. Cela impose de gros investissements dans la sécurité. Car si le réseau autocommuté se montre extrêmement sûr et fiable, il n’en va pas de même avec IP. Pour preuve, la panne subie par France Télécom en novembre 2004, qui a provoqué un ralentissement du trafic dans la région parisienne pendant près de quarante huit heures. Son origine ? Une anomalie logicielle dans un équipement traitant la voix sur IP. De même, Free, qui avait rerouté involontairement près de deux cents appels vers le central des pompiers et du Samu, explique l’incident par un dysfonctionnement dans un commutateur IP.

Si les réseaux de données d’architecture IP ont fait leurs preuves avec la multiplication des IP VPN (les réseaux privés virtuels), la voix sur IP, qui repose essentiellement sur des plates-formes logicielles, semble beaucoup plus sujette à caution. Pour une entreprise qui souhaite franchir le pas, il faudra sécuriser non seulement l’architecture de transport, mais aussi les matériels et même les communications. Pour l’heure, il n’existe pas encore de solutions standards de chiffrement des communications en VoIP, seulement des solutions propriétaires. Et les menaces et les risques de dysfonctionnements abondent, de même nature que ceux planant sur internet : attaque par déni de service (saturation des capacités du réseau), usurpation d’identité, interception des appels. On trouve même l’équivalent du spam (engorgement des messageries électroniques) : le spit (Spam over IP Telephony).

Pour le moment, de telles menaces apparaissent hypothétiques, car la plupart des entreprises abritent leur architecture VoIP sur un réseau local privé. Mais si elles veulent profiter pleinement des baisses de coût escomptées, elles seront tenues d’ouvrir leur réseau vers l’extérieur. Les opérateurs télécoms doivent affronter une autre problématique : la localisation géographique des appels. La loi leur impose en effet l’acheminement des appels vers les numéros d’urgence, le 15 par exemple. Or, une adresse IP caractérise une connexion au réseau, mais ne représente pas forcément une réalité physique en termes de localisation. Enfin, avant de basculer au tout-IP, les opérateurs auront à gérer une phase de transition et à entretenir plusieurs passerelles pour assurer l’interopérabilité entre les différentes technologies (téléphonies fixe-IP ou IP-GSM...). Comme le fait justement remarquer Pierre Marin, « il faudra que le système d’information soit aussi performant que le réseau. »

Les appétits du Wi-Fi et du WiMAX

En dépit de tous ces problèmes, les réseaux IP se montrent nettement moins lourds et coûteux à développer que toutes les autres technologies, comme les relais de trames ou l’ATM (deux modes de transfert de données). Les barrières à l’entrée sont moins importantes. Et même sur les réseaux mobiles, où le GSM et l’UMTS devront affronter, semble-t-il, la concurrence du Wi-Fi et du WiMAX.

Si le passage généralisé au tout-IP n’est pas pour demain, il suscite l’apparition de nouveaux acteurs qui paraissent déterminés à bousculer les modèles en place. « Nous connectons des personnes, pas des lieux », déclare Rafi Haladjian, fondateur d’Ozone, un fournisseur d’accès à Internet via le Wi-Fi.

Installé à Paris, il devait lancer courant octobre une offre de téléphonie mobile, fondée elle aussi sur le Wi-Fi, baptisée Téléph(oz)one. Ambitieux, Rafi Haladjian pense couvrir le territoire français aux alentours de 2008. Sa stratégie ? Se reposer sur un système de franchisés qui permettrait de développer son réseau. Bien sûr, il essuie les plâtres. « Le plus gros casse-tête lié à notre système d’information concerne justement la franchise. Si nous voulons que notre offre soit valable dans tout l’Hexagone, il faudra créer l’équivalent d’une chambre de compensation entre franchisés. » Un abonné ne coûtera pas forcément la même chose à Roubaix qu’à Nice, mais il devra pourtant pouvoir jouir des mêmes services.

Un autre problème majeur tient à l’interopérabilité entre les différents réseaux Ozone, notamment en termes d’identification des abonnés. « Les téléphones Wi-Fi n’ont pas été conçus pour cela , explique Rafi Haladjian. Nous cherchons une solution élégante. Pour l’instant, nous travaillons sur une première version, qui ne sera certainement pas la version définitive. »

Ozone n’est pas le seul opérateur à vouloir écorner le monopole des opérateurs de téléphonie mobile. Outre les opérateurs virtuels, qui louent un réseau qui n’est pas le leur, Free, déjà acteur de poids sur la téléphonie fixe IP et désormais titulaire d’une licence WiMAX nationale, pourrait devenir un sérieux concurrent. Mais il doit affronter et résoudre un problème technique de taille : c’est-à-dire la possibilité de passer d’un réseau WiMAX à un autre sans interruption de service (hand over). Autrement dit, de changer d’antenne WiMAX sans coupure de la communication. Selon un technicien d’Altitude Télécom, détenteur de la licence nationale pour le marché des entreprises, la technologie ne sera pas opérationnelle avant le premier trimestre 2007.

Une facturation à réinventer

Nouveaux opérateurs, nouveaux usages ; quel que soit leur positionnement, les opérateurs de télécoms revoient leurs modes de facturation. Après avoir développé des systèmes extrêmement complexes, ils devront encore fournir un effort important à ce niveau. « En matière de facturation, nous avons plutôt tendance à adopter des modèles simples, les forfaits », reconnaît Yves Caseau, DSI de Bouygues Télécom.

Avec le basculement au tout-IP, fini la comptabilisation des communications à la durée. Et le système du forfait illimité ne paraît pas forcément plus adapté. En effet, comment ne pas envisager une baisse des revenus des opérateurs quand leurs clients bénéficieront d’une connexion haut débit et de téléphones mobiles IP ? Y compris sur le marché des entreprises. Car vu le coût de l’équipement, il paraît fort probable que ces dernières exigeront des réductions significatives.

« On facturera plus les services que l’accès au réseau », prédit Pierre Marin. Oui, mais quels services ? Selon Rafi Haladjian, la situation se révèle paradoxale : « Les opérateurs développent des systèmes de facturation, tout en sachant qu’ils ne seront pas pérennes. » Difficile de lui donner tort.

En dehors de l’accès au réseau et de la bande passante, il reste la possibilité de facturer les données. Une chose est sûre, il faudra faire preuve d’imagination et réinventer les systèmes de médiation (la liaison entre les équipements réseaux et les applications de facturation). « Je pars du principe que ce que je vends aujourd’hui ne sera pas forcément ce que je vendrai demain », prône Rafi Haladjian. A ses yeux, la gestion de la relation client demeure fondamentale : « Tout le reste est anecdotique ». Les technologies changent, comme les usages, mais la connaissance du client et la maîtrise du réseau de distribution demeurent essentielles.

Ozone

Activité : fournisseur d’accès haut débit via le Wi-Fi.

Gérant : Rafi Haladjian.

Création : 2003.

Effectif : 12 personnes (dont 10 informaticiens).

Chiffre : 2 400 clients.

Site : www.ozone.net


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