jeudi 18 décembre 2014

Accueil du site > Renseignement > International > La Maison Blanche dévoile des documents détaillant les tortures pratiquées (...)

La Maison Blanche dévoile des documents détaillant les tortures pratiquées par la CIA

Sylvain Cypel, le Monde

vendredi 17 avril 2009, sélectionné par Spyworld

logo

Conformément aux engagements de campagne du candidat Barack Obama, la Maison Blanche a rendu publics, jeudi soir 16 avril, quatre mémorandums secrets (partiellement expurgés) de la CIA, l’agence du renseignement extérieur américain, portant sur les tortures pratiquées lors des interrogatoires de suspects durant la "guerre contre le terrorisme" et autorisées par l’administration précédente.

Ces documents - les plus complets, de loin, dévoilés à ce jour - datent de 2002 et 2005. Ils concernent les interrogatoires de vingt-huit suspects. Les mémorandums énumèrent les diverses méthodes utilisées : les coups, détaillés par le menu (projection systématique et répétée contre un mur, notamment) ; le maintien prolongé dans des positions physiquement éprouvantes ; les humiliations (la mise à nu ou le port d’une couche-culotte pour tout vêtement) ; "l’altération de l’hygiène alimentaire". Sont également évoqués le conditionnement de stress chez le détenu, les pressions psychologiques (les menaces contre les membres de sa famille), les privations de sommeil de longue durée et la torture de la "baignoire" - "waterboarding" -, qui soumet la personne interrogée à un simulacre de noyade.

Un mémorandum de 2005 stipule expressément que la torture de la baignoire est pratiquée, à l’époque, "de manière beaucoup plus fréquente" que ne l’autorisent les "avis légaux" rédigés par l’administration Bush.

Les documents spécifient que ces pratiques ont eu lieu dans les prisons secrètes ouvertes par la CIA dans plusieurs pays. Dans une déclaration, le président américain a jugé que les méthodes mises en oeuvre durant ce qu’il a désigné comme "un chapitre noir et douloureux" de l’histoire américaine ont "miné notre autorité morale sans améliorer notre sécurité". Mais, a-t-il ajouté, "le moment est venu de la réflexion, pas du châtiment (...) On ne gagnera rien à perdre notre temps et notre énergie à fouiller les responsabilités du passé."

Aussi a-t-il fait savoir que son administration avait pris la décision d’absoudre de toute poursuite les personnes qui ont pratiqué ces tortures, "en se fondant, de bonne foi, sur les avis juridiques émis par le département de la justice" sous l’administration Bush. Des textes qui validaient ces méthodes, considérant qu’elles ne s’apparentaient pas à de la torture.

Dans une lettre envoyée au directeur du Renseignement national, l’amiral Dennis Blair, Barack Obama s’est engagé à protéger le secret sur l’identité de ces personnes : "Les hommes et femmes de nos services de renseignement servent courageusement sur le front d’un monde dangereux. Nous devons protéger leur identité avec la vigilance qu’ils mettent à protéger notre sécurité."

Le ministre de la justice, Eric Holder, a estimé qu’"il serait injuste que des hommes et des femmes dévoués à protéger l’Amérique (soient sanctionnés) pour une conduite qui avait été préalablement autorisée". Il a assuré que si ces personnes (dont les noms ont été retirés des mémos) étaient amenées à être entendues par un tribunal, son administration leur fournira des défenseurs. Pour Leon Panetta, le directeur de l’Agence désigné par M. Obama, "la CIA a agi conformément à ses obligations".

L’Association américaine de défense des libertés publiques (ACLU) et le Centre pour les droits constitutionnels (CCR) aux Etats-Unis ont fait savoir qu’ils contesteraient l’absence de poursuites contre les donneurs d’ordre et les personnes ayant pratiqué la torture. A l’inverse, des officiels du Renseignement ont tenté jusqu’au bout d’empêcher la Maison Blanche de divulguer ces documents, arguant que leur mise au jour affaiblirait la capacité sécuritaire américaine.

Ancien directeur de la CIA sous George Bush, l’amiral Michael Hayden a expliqué qu’"un service de renseignement travaille toujours sur le fil". Désormais, a-t-il pronostiqué, les partenaires des Etats-Unis seront plus réticents à travailler avec l’Agence, car la divulgation de ces documents démontre que "l’on ne peut rien garder secret".

Malgré les garanties apportées par la Maison Blanche, nombreux sont ceux qui, au sein des organes du Renseignement, craignent que la mise au jour de ces documents ne génère une succession de plaintes. Ils redoutent aussi que cette affaire bénéficie aux élus qui militent pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner exhaustivement les méthodes illégales pratiquées sous l’administration Bush et le rôle joué par les responsables politiques qui les ont avalisées.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :