jeudi 19 octobre 2017

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Reportage - Dans le secret des drones de l’armée de l’air

Jean Guisnel, Le Point.fr

samedi 18 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Le 29 mars dernier, alors que l’envoyé spécial du Point visitait l’escadron de drones français présent sur la base de Bagram, le plafond était trop bas pour que les appareils puissent voler. Mais les trois drones Harfang (du nom d’une petite chouette, animal totémique du monde du renseignement) donnaient entière satisfaction, malgré des conditions climatiques difficiles. Pourtant, c’est bien la météo qui semble avoir posé une sérieuse difficulté à l’un de ces appareils (le n° 1022), qui a connu, explique l’armée de l’air, un problème de givrage de son tube de Pitot , le dispositif servant à mesurer la vitesse d’un avion. Cet événement, mineur en soi, a été aggravé par les automatismes dont le drone Harfang est doté. Après avoir automatiquement engagé une descente rapide, il a été déstabilisé, et a repris trop vite de l’altitude.

Le Service d’information de l’armée de l’air précisait vendredi soir, en révélant l’information, que le drone n’avait pas subi de dégât apparent, mais que ses pilotes n’excluaient pas que sa structure ait souffert. L’appareil en cause devrait donc être chargé sur un avion-cargo pour rentrer en France, peut-être dès ce week-end. Elément important : les deux autres drones de la minuscule flotte française (n° 1021 et 1023) devraient continuer à assurer les quatre missions d’observation confiées chaque semaine aux drones français par l’ISAF. En donnant d’ailleurs "plus que toute satisfaction", selon un homme connaissant les productions des drones français.

Le Système intérimaire de drone MALE (Moyenne altitude longue endurance) Harfang est en réalité une extrapolation par EADS du drone israélien Heron . Celui-ci a été modifié à prix d’or, et le système entier (trois avions et la station sol) a été facturé environ 100 millions d’euros à l’armée de l’air. Mais elle a reçu ses engins avec un retard considérable : le contrat a été signé en août 2001, et les drones auraient dû être opérationnels en juin 2003, fin prêts pour le sommet du G8 à Évian. Mais en réalité, ils n’ont pu être utilisés avant la fin de l’an dernier, en assurant pour la première fois la sécurité d’un voyage officiel les 14 et 15 septembre 2008, lors de la visite du pape Benoît XVI à Lourdes...

L’armée de l’air souhaiterait acquérir un quatrième appareil

Les raisons du retard de cinq ans sont d’abord à chercher dans la mise au point complexe de la liaison satellite entre le drone et le sol, qui permet de l’utiliser à très grande distance de sa base de départ. Car les Israéliens qui le font voler sur un espace très restreint l’ont toujours dans la ligne de mire de la station sol, et se contentent donc de liaisons radio ordinaires. Les autres modifications demandées aux Israéliens par EADS et les Français concernaient... les conditions de givrage. Des "plaques anti-icing" ont été posées à l’avant des ailes et émettent du glycol chauffé en cas de givre . Enfin, l’engin s’est vu ajouter des automatismes nombreux, et décolle et se pose sans intervention humaine.

Lors de notre visite, cette caractéristique faisait que les pilotes attendaient avec une certaine appréhension de voir comment leurs appareils se comporteraient à partir de la mi-avril lors de la période connue dans cette région de l’Afghanistan comme les "120 jours de vent". Durant cette période, la piste principale de Bagram pourrait être balayée en permanence par des rafales de vent latéral de 70 km/h, qu’il serait sans doute préférable, ajoutaient certains utilisateurs, d’affronter en pilotage manuel.

Exactement pour éviter le problème qui est le sien aujourd’hui, consistant à se retrouver avec une partie de sa très maigrichonne flotte de drones au tapis, l’armée de l’air souhaiterait acquérir une seconde station sol et un quatrième appareil. Très précisément celui dont EADS se sert toujours pour des essais en Israël. Car maintenant que le système SIDM-Harfang se trouve déployé en Afghanistan avec l’ensemble de ses équipements, il ne reste plus rien en France, ni pour déployer le cas échéant des avions ailleurs, ni même pour former de nouveaux opérateurs. Or, la loi de programmation militaire ne prévoit pas d’achat de quatrième drone... Pour les drones Harfang, la situation n’est pas très chouette !

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