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Matériel militaire arraché. Un million le coup de drague

Stéphane Jézéquel, Letelegramme.com

mardi 21 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Qui est venu draguer la coquille en zone interdite, à proximité de l’Ile-Longue ? Un onéreux équipement de mesures militaires y a été détruit cet hiver. Les dégâts sont importants, la facture, très salée, est évaluée à 1million d’euros.

L’enquête, délicate et compliquée, est menée dans le milieu de la pêche à la coquille saint-jacques. Un bateau est venu, entre début décembre et la mi-janvier, traîner sa drague en zone interdite, là même où est immergé un système complexe utilisé pour les bâtiments de la Marine nationale.

« Pas un accident »

Ce site appelé par les spécialistes « polygone » sert à mesurer la signature acoustique et magnétique des navires. En clair, ce système d’écoute établit la nature et le niveau sonore des bâtiments de la Marine. Ces boîtiers et capteurs électroniques sont reliés à Lanvéoc par un ensemble de faisceaux et de câbles également immergés. Lors de la croche qui a emporté l’ensemble du système, des dégâts collatéraux ont touché la connectique de deux autres polygones. La zone est pourtant clairement identifiée, un peu à l’est du site militaire très sensible de l’Ile-Longue qui abrite les sous-marins nucléaires français. « Et il ne s’agit pas d’un accident », selon un officier de la gendarmerie maritime proche de l’enquête.

« Il savait ce qu’il faisait »

« Celui qui est venu pêcher là savait parfaitement ce qu’il faisait ». La zone, un carré d’environ 500m de côté, théoriquement vierge de toute exploitation coquillière, devait lui garantir un généreux coup de drague. Mais au lieu de coquillages, c’est tout le système électronique de la Délégation générale pour l’armement que son engin de pêche est venu crocher. Les observations et expertises sous-marines font état d’un arrachement net. Une bonne partie du dispositif est à remplacer. Différents appels d’offres sont sur le point d’être lancés. Dépêché sur place, le Gesma(*), espère remettre en service ce « polygone grand fond » pour le deuxième semestre 2009. Au total, le chantier va demander la présence de bâtiments de surface sur zone et des centaines d’heures de plongée. Les travaux ont commencé. La remise en état est estimée à un demi-million d’euros, le remplacement des pièces défectueuses à un montant au moins équivalent. La Délégation générale de l’armement a porté plainte pour dégradation de matériel militaire.

50 bateaux potentiels

Ce sont ainsi deux mondes parfois aussi opaques qui se télescopent brutalement. Mais connaîtra-t-on un jour le fautif ? Dans le milieu des coquilliers, les langues ne se délient pas facilement. On y distingue toutefois les locaux de la rade et les saisonniers de la presqu’île de Crozon et de la côte nord, plus ou moins acceptés. La tâche des gendarmes maritimes n’est pas facilitée par la fenêtre de six semaines pendant laquelle la cinquantaine de bateaux licenciés a travaillé dans la zone. Du côté du comité local des pêches, on est des moins diserts sur le sujet. Surtout au vu de la facture qui s’allonge au fil des mois... Les contrôles ne risquent pas de diminuer dans une rade où la cohabitation entre les pêcheurs et les militaires est (était ?) plutôt au beau fixe.

* Le service du Gesma, Groupes d’études sous-marines de l’Atlantique et ses 100 personnels est appelé à quitter bientôt Brest pour Toulon.


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