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Aux Etats-Unis, les programmes militaires ciblés "comme jamais" par l’espionnage informatique

Sylvain Cypel, le Monde

mercredi 22 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Un porte-parole du département de la défense américain a implicitement confirmé, mardi 21 avril, les informations rapportées le matin par le Wall Street Journal : des pirates informatiques ont infiltré des programmes de construction du chasseur américain le plus sophistiqué au monde, le futur F-35 Lightning II, dont des premiers tests en vol ont commencé. Selon les indiscrétions recueillies par le quotidien au secrétariat à la défense, le bénéficiaire du piratage serait la Chine.

Selon un représentant du Pentagone, les tentatives d’infiltration des réseaux informatiques liés aux programmes de défense ont "plus que doublé" au dernier semestre. Mais, interrogé par la chaîne CBS, le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, a minoré l’affaire : "Nous sommes sujets à des cyber-attaques quasi quotidiennes. Mais nous contrôlons très bien nos informations sensibles." Il a cependant indiqué que son ministère allait augmenter de 80 à 250 le nombre de ses experts chargés de protéger le cyberespace américain.

Le programme supposément espionné, nommé Joint Strike Fighter, est mené sur le plan industriel par la société américaine Lockheed Martin, avec l’Américain Northrop Grumman et le Britannique BAE Systems pour partenaires. Il est techniquement le plus avancé au monde à ce jour dans l’aéronautique ; le plus coûteux aussi (300 milliards de dollars, soit 230 milliards d’euros). Selon le Wall Street Journal, les espions auraient "copié et siphonné" des données concernant sa conception et ses systèmes électroniques "de manière répétitive (depuis) au moins 2007".

"GUERRES ÉMERGENTES"

"On n’a jamais rien vu de tel", estime un fonctionnaire de la défense, pour qui ces éléments s’inscrivent dans "une escalade" d’espionnage informatique portant sur "tout ce qui fait marcher ce pays". Aucun détail n’a été divulgué sur l’identité des hackers ni les dommages potentiels financiers et sécuritaires de leur activité. Mais, écrit le Journal, "d’ex-responsables du Pentagone disent que ces attaques semblent provenir de Chine". Début avril, des officiels avaient déjà impliqué Pékin dans une tentative d’infiltration du système de contrôle américain de la distribution d’électricité. Pékin avait formellement nié et constaté que la Maison Blanche n’avait accordé aucun crédit à ces informations. Mais, dans des affaires similaires récentes, des enquêtes du Pentagone auraient confirmé "avec un haut degré de certitude" la piste chinoise.

La publication de ces informations s’inscrit dans un contexte de réévaluation budgétaire des priorités de l’armée américaine et de débats, dans les milieux sécuritaires, sur la réalité de la "menace" militaire chinoise. Début avril, M. Gates a annoncé des coupes claires dans certains systèmes d’armement afin de favoriser les moyens alloués aux "guerres émergentes", du type Afghanistan. Il entend cesser la production du chasseur F-22 une fois livrée la première tranche de 187 appareils, au lieu des 400 qu’espérait l’armée de l’air. Mais M. Gates a jugé cet avion excessivement cher et "inadapté" aux conflits non conventionnels. En revanche, le F-35 avait la faveur du Pentagone. Son coût de fabrication de 2 400 appareils sur trente ans dépasserait les 1 000 milliards de dollars.

Pour justifier leur hostilité à l’abandon de la production des F-22, des lobbyistes liés à l’armée de l’air et à la marine avaient projeté le spectre d’un accroissement vigoureux et masqué du potentiel militaire chinois. Ils pourraient espérer d’une "affaire" d’espionnage portant sur les programmes du F-35 que M. Gates reconsidère sa décision. Les débats sur "l’espionnage chinois" sont récurrents aux Etats-Unis dans les milieux de la défense, entre ceux qui soupçonnent Pékin de développer des ambitions militaires au-delà de son affichage public et ceux pour qui le retard chinois reste trop important pour s’alarmer.

Les premiers notent que le budget officiel du ministère chinois de la défense - 60 milliards de dollars en 2008 - serait très inférieur à la réalité de ses dépenses, estimées entre 105 et 150 milliards. Il y a deux semaines, Joël Brenner, chef du Bureau exécutif du contre-espionnage américain, déclarait lors d’une conférence devant des industriels du secteur au Texas : "Les Chinois ne s’arrêtent jamais et semblent se moquer de se faire attraper. (...) Suis-je inquiet ? Et comment !"

A l’inverse, beaucoup d’experts jugent ces craintes exagérées et souvent liées aux intérêts de lobbies. Le rapport annuel sur la Chine, publié en mars par le Pentagone, jugeait qu’il faudrait beaucoup de temps pour que Pékin constitue "la puissance militaire formidable que certains lui attribuent".


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