mercredi 13 décembre 2017

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Les bons conseils de l’ex-KGB en matière de terrorisme

Alexandre Billette, le Monde

mercredi 29 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Comment éviter les écueils lorsqu’on veut commettre un acte terroriste sur le territoire de la Fédération de Russie ? Comment ne pas attirer l’attention des forces de sécurité en préparant un attentat ? Pour se prémunir contre les erreurs grossières, rien de tel qu’une visite sur le site Internet du service fédéral de sécurité russe (FSB, ex-KGB).

On y a récemment publié, à la rubrique "conseils professionnels", une sorte de manuel qui laisse songeur, vu la précision des informations fournies par l’agence fédérale. Ce manuel côtoie des notes pédagogiques sur la meilleure façon d’agir en cas d’attentat ou de prise d’otages.

Le terroriste potentiel utilisera de préférence "des voitures courantes de fabrication russe (modèles VAZ-2101, 2103, 2106), idéalement d’occasion et dont l’entretien est négligé" pour préparer un acte criminel en toute discrétion, explique doctement le site officiel. Il procédera ensuite à des repérages du lieu choisi pour commettre l’attentat, en le photographiant, en le filmant et en le cartographiant. Bien sûr, il "achètera des écrous, des boulons, des billes" pour rendre la bombe plus létale, ainsi que du maquillage, "tout en changeant fréquemment de vêtements". Pour les messieurs, "le port d’une fausse moustache" est tout à fait approprié.

Ces "conseils" prennent parfois une forme franchement pédagogique. Où les terroristes posent-ils leurs engins explosifs ? Par exemple, sur "les chantiers lors de travaux sur les routes, ou dans les égouts", note le site Internet, tandis que les jeunes femmes kamikazes plaqueront leur charge explosive "contre leur poitrine, sur les hanches ou sur le ventre comme si elles étaient enceintes". Evidemment, il ne faudra pas attirer l’attention : "En Russie, les terroristes ont rarement commis leurs actes parés d’habits nationaux", remarque fort à propos le FSB. Effectivement, vu les contrôles au faciès, régulièrement pratiqués dans les rues des grandes villes russes, il serait risqué de transporter une bombe avec des vêtements traditionnels tchétchènes ou tadjiks...

La préparation d’un acte terroriste demande du temps. Durant cette période, les criminels "ne quittent jamais leur domicile, et ne communiquent pas avec leurs voisins". "Il n’y a aucun bruit, aucune musique, pas de télévision allumée. Des complices viennent porter de la nourriture et s’occupent des poubelles, surtout la nuit", croit savoir le FSB, qui recommande aux citoyens de prévenir les autorités de toute activité suspecte.

DOCUMENT ÉLECTRONIQUE

Ce passage sur "les habitudes de comportement des terroristes à leur domicile" a des accents tendancieux : pour identifier un potentiel suspect, on évoque la consommation de produits alimentaires "spécifiques aux musulmans, achetés dans des épiceries spécialisées, puisqu’un kamikaze ne doit pas consommer de produits considérés comme impurs". Les terroristes, tous musulmans ?

La publication de cet étrange document électronique intervient ironiquement quelques jours à peine après l’arrêt de "l’opération antiterroriste" en Tchétchénie, expression officielle des autorités russes pour désigner le conflit qui a opposé pendant dix ans les combattants tchétchènes aux forces de l’armée et de la sécurité fédérales.

Si la région du Caucase demeure bouillonnante, la Russie est cependant épargnée par les vagues de terrorisme à grande échelle depuis 2004 et la prise d’otages d’une école à Beslan, en Ingouchie.


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