vendredi 15 décembre 2017

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AZF : l’ex-chef des RG ne croit pas à la piste terroriste

Cyrille Louis, le Figaro

jeudi 30 avril 2009, sélectionné par Spyworld

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Joël Bouchité est revenu sur le document policier qui, le 3 octobre 2001, avait indiqué que des militants islamistes pouvaient être impliqués.

Face à Joël Bouchité, préfet délégué à la sécurité du Nord et ancien directeur des renseignements généraux (RG) toulousains, le président Thomas Le Monnyer a choisi de se porter personnellement à la manœuvre. Depuis plusieurs jours, on sentait le magistrat pour le moins dubitatif face à la « note blanche » diffusée, le 3 octobre 2001, par le service de renseignements. Mercredi, il n’a pas hésité à faire observer à ce policier de haut rang : « À relire ce document, on peut avoir le sentiment que vous avez parfois accordé un crédit déraisonnable à des éléments qui n’avaient pourtant fait l’objet d’aucune vérification. »

Au cœur de la piste terroriste depuis plus de sept ans, cette « note de travail » n’a été versée au dossier que plusieurs mois après avoir été publiée par la presse. Non signée, elle énumère un certain nombre de « renseignements » laissant penser que des militants islamistes pourraient avoir été impliqués dans l’explosion de l’usine AZF. Dans le désordre, on y évoque la tenue vestimentaire que portait le manutentionnaire Hassan J. au moment de sa mort, mais aussi ses supposées fréquentations au sein de la communauté musulmane ou encore le profil inquiétant de certains coreligionnaires présents à ses obsèques. Plus loin, ce document fait aussi état de présence d’un soi-disant « spécialiste en explosifs » dans la région de Toulouse lequel se révélera être un banal quidam dénoncé dans le cadre d’un conflit avec la belle-famille de sa sœur.

Mâchoire cadenassée, le témoin s’attend visiblement à passer un moment difficile lorsqu’il se présente à la barre en milieu d’après-midi. Calmement, il résume d’abord les conditions dans lesquelles, au lendemain de l’explosion, son service a prêté main-forte à la police judiciaire. « Face à une telle catastrophe, nous avons choisi de travailler au coude-à-coude, épaule contre épaule, afin de ne laisser aucune impasse, explique-t-il. Pendant plusieurs jours, nous avons donc recueilli des renseignements au fil de l’eau, tout en sachant qu’il n’était pas de notre ressort d’entendre des témoins pour les vérifier. Le 3 octobre, j’ai estimé que nous étions allés aussi loin que possible et qu’il était temps de passer la main à la PJ pour qu’elle procède à des vérifications. C’est alors que la note a été transmise. »

Le président Le Monnyer, gourmand : « Dois-je comprendre que ce document, vous l’avez assumé ? »

Le témoin : « Je l’ai assumé parce que c’était le bon moment pour le valider. Elle a peut-être l’imperfection de l’urgence mais si on avait travaillé davantage, on nous aurait reproché de faire une enquête parallèle. » Puis, après un instant de réflexion : « Le vrai problème, c’est que la note a immédiatement fuité dans la presse alors que j’avais expressément demandé à ce qu’elle ne soit pas versée en procédure. »

« Pas d’état d’âme »

Point par point, le président entreprend alors de démontrer la légèreté avec laquelle certains passages du document ont, à ses yeux, été rédigés. Du tac au tac, Joël Bouchité réplique sans se laisser démonter : « On est dans un fonctionnement policier classique : je transmets, la PJ vérifie et si mon renseignement est invalidé, je n’ai pas d’état d’âme. »

Au moment de se retirer, l’ancien directeur central des renseignements généraux est finalement invité à livrer son opinion sur l’origine de l’explosion. « Pour ce qui me concerne, dit-il, cette catastrophe n’a pas d’origine terroriste. »

Dans les rangs de la défense, Me Simon Foreman, qui croit alors flairer le bon coup : « Pourquoi dites-vous : en ce qui me concerne ? »

Le témoin, qui n’est décidément pas né de la dernière pluie : « Parce que je vois bien qu’en ce qui vous concerne, vous aimeriez bien que ce soit un attentat. »


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