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Ariane 5 lance les nouveaux satellites espions français

Jean-Marc Manach et Jerome Thorel, ZDNet France

vendredi 17 décembre 2004, sélectionné par Spyworld

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Embarqués dans le vol 165 d’Ariane 5 : Hélios II-A pour le renseignement par l’image, Essaim pour l’écoute des signaux électromagnétiques. L’ambition des autorités françaises de construire un réseau d’écoute analogue à Echelon semble intacte.

La France lancera, ce samedi 18 décembre, deux nouvelles générations de satellites espions, embarqués dans le vol 165 d’Ariane 5. Deux domaines technologiques sont concernés : la cartographie numérique à haute résolution, et le renseignement des signaux électromagnétiques (SIGINT en anglais) issus des télécommunications qui transitent dans l’espace.

Tout d’abord, Hélios II-A ( décrit ici par le ministère de la Défense). Doté de capacités stéréoscopiques et infrarouges, lui permettant de prendre des images de jour comme de nuit, et de caméras à très haute résolution (de l’ordre de quelques dizaines de centimètres), il constitue, selon ses responsables, un véritable « bond technologique » dans le domaine du renseignement militaire par l’image et l’interception des signaux transmis par satellites.

Plus prosaïquement, il permettra, selon Inaki Garcia Brotons, colonel en charge du dossier à l’état-major des armées, de différencier « un char d’un tracteur ». L’objectif est d’« assurer la souveraineté nationale » de la France en matière de renseignement militaire. Pour le colonel, « quand on ne maîtrise pas la source, on ne peut pas être sûr à 100% que les images n’ont pas été retouchées, puisque ce sont des images numériques qui peuvent être trafiquées ». François Fayard, directeur du Spoti (Service des programmes d’observation, de télécommunications et d’information) en charge d’Hélios, le présente ainsi comme « le fer de lance de l’autonomie stratégique » du pays.

Ce qui n’empêche pas la France de passer des accords de partenariat avec d’autres pays européens. Ainsi, les images d’Hélios seront recoupées avec celles de satellites allemands (SAR Lupe) et italiens (Cosmo-Skymed). Fruit d’une coopération entre la France (95%), la Belgique (2,5%) et l’Espagne (2,5%), le satellite a coûté deux milliards d’euros. EADS Astrium et Alcatel Space en sont les maîtres d’oeuvre.

Son lancement tombe à point nommé : le 21 octobre dernier, son prédécesseur, Hélios I-B, lancé en décembre 1999 et dont les performances étaient quatre fois moindres, a été retiré de son orbite à la suite d’une panne de son système d’alimentation. De son côté, Hélios I-A, bien que lancé en août 1995 et prévu pour ne durer que cinq ans, « ne présente aucun signe de faiblesse et poursuit normalement la mission qui lui est assignée ».

L’écoute "SIGINT", autre priorité stratégique

Le lancement d’Hélios II-A sera également l’occasion de tester de nouveaux démonstrateurs d’écoute, comme le programme Essaim : une constellation de quatre mini-satellites (120 kg) de renseignement d’origine électromagnétique, qui ne viserait pas tant l’écoute elle-même que la détection et la localisation des émetteurs radio depuis l’espace. L’objectif résumé dans le projet de loi de finances pour 2005 : "Caractériser l’environnement électromagnétique terrestre dans plusieurs bandes de fréquence, entre autres celles dédiées aux signaux de télécommunications militaires, pour élaborer la carte de bataille électronique."

Hélios I-A comptait également à son bord une cartouche d’interception Euracom, module expérimental d’écoute électromagnétique chargé d’intercepter les signaux Inmarsat et Intelsat. Par ailleurs, la France a déjà expérimenté Cerise et Clémentine, deux autres satellites d’écoute réservés aux services de renseignements français. Ces engins ont constitué l’embryon spatial d’un réseau d’écoute international que les Anglo-Saxons ont surnommé "Frenchelon", en référence au système Echelon contrôlé par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Réalisé par EADS Astrium et Thales, Essaim a coûté 80 millions d’euros. Ses données seront expoitées par le Centre d’électronique de l’armement (Celar), déjà responsable de Cerise et de Clémentine. Si le lancement d’Essaim II et d’un second satellite Hélios II est prévu pour 2008, d’autres satellites seront lancés l’année prochaine, dont un autre programme de démonstrateur dans le domaine de l’écoute électromagnétique. Le Minrem, le "navire d’écoute" de la direction du renseignement militaire, devrait pour sa part être livré en octobre 2005.

Le lancement d’Hélios et Essaim, dont on peut découvrir les caractéristiques et quelques photographies sur le site d’Astrium, est prévu à 17h 26 (heure de Paris) et pourra être suivi en direct sur le site d’Ariane Espace.

Jean-Marc Manach dirige une "Liste francophone sur la guerre de l’information, la guerre électronique et autres technologies et programmes (militaires ou non) de type C4ISR (Commandement, Controle, Communications, Informatique, Renseignement, Surveillance et Reconnaissance)". Vous pouvez vous y inscrire à http://groups-beta.google.com/group...


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