mercredi 18 octobre 2017

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Parfum de guerre froide entre l’Otan et Moscou

Jean-Jacques Mével, le Figaro

vendredi 1er mai 2009, sélectionné par Spyworld

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Le dossier géorgien et le renvoi de deux « diplomates » russes accrédités auprès de l’Alliance pimentent à nouveau les relations entre l’Est et l’Ouest.

Les nostalgiques de la guerre froide sont servis. Sur fond d’espionnage à Bruxelles et de lutte d’influence en Géorgie, l’Otan comme le Kremlin reprennent goût au poker de haut vol. Les regards se braquent vers Moscou, d’où devrait surgir le prochain coup.

Le bras de fer a débuté mercredi sans fanfare avec un retrait d’accréditation à deux diplomates russes au siège de l’Alliance atlantique, ce qui vaut expulsion. La Russie a choisi d’en faire la publicité en dénonçant le lendemain une « grossière provocation » qui, prévient-elle, ne restera pas sans réponse. Comme chez John Le Carré, la réplique est au chapitre suivant.

Dans les couloirs de l’Otan, l’espionnage ne fait guère de doute. Dimitri Rogozine, ambassadeur russe et supérieur hiérarchique de deux diplomates sanctionnés, a été le premier à prononcer le mot - quitte à en démentir la réalité - peu après avoir été convoqué par le secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer. L’alliance a confirmé, tout en faisant mine de garder le silence puisque (sic)« l’Otan ne commente jamais les questions portant sur le renseignement ».

Ces faux-semblants laissent subsister de larges zones d’ombre. L’ambassadeur Rogozine a lié les expulsions au dossier Simm, un responsable du renseignement estonien condamné à douze ans de prison, pour trahison. Le scandale, considéré comme l’un des plus gros de l’espionnage contemporain, avait tétanisé l’Otan. Il avait aussi laissé l’Estonie rouge de honte, quatre ans après son entrée dans l’alliance : Herman Simm, 61 ans, aurait transmis quelque 2 000 pages de documents classifiés à ses officiers traitants.

La piste estonienne paraît un peu courte. Herman Simm a été arrêté à Talinn en septembre 2008 et il semble peu probable que l’Alliance atlantique aura choisi d’attendre neuf mois pour répliquer à Moscou par des renvois de diplomates, un automatisme jadis bien rôdé. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une affaire différente. Et que l’Otan et le Kremlin ont choisi de lui donner le maximum de retentissement, dans une complicité paradoxale mais elle aussi éprouvée.

Dans la confrontation Est-Ouest, chacun jaugeait la réaction de l’autre. Les enjeux sont moindres, mais les enchères de Bruxelles s’inscrivent dans la tradition. En ciblant deux hommes soupçonnés d’appartenir aux « services » russes, l’Otan a placé la barre assez haut. Victor Kortchakov, 63 ans, premier conseiller, est un vieux routier de la mission russe : il y aura passé onze ans au total. Le second, Vladimir Tchijov, 23 ans, est le fils de l’actuel ambassadeur russe auprès de l’Union européenne. Nul doute que la réponse russe sera aussi soigneusement calibrée. Reste à savoir qui et quelle(s) puissance(s) de l’Otan en fera précisément les frais.

Présence russe en Ossétie du Sud et en Abkhazie

Les cent premiers jours d’Obama ont réussi à réchauffer les relations entre Moscou et l’alliance occidentale, gelées l’été dernier par l’invasion russe de la Géorgie. Le Conseil Otan-Russie, forum de dialogue bruxellois, a repris du service en attendant la venue du chef de la diplomatie Sergueï Lavrov programmée à la mi-mai. Mais derrière les sourires et les poignées de main, c’est un secret de polichinelle que le Kremlin cherche à tester, notamment dans le Caucase, les intentions réelles de la nouvelle administration américaine.

La Russie fait flèche de tout bois. Elle s’est mise à dénoncer à grand fracas des exercices de l’Otan en Géorgie, à l’ordre du jour depuis deux ans. Elle vient aussi de garantir la présence de ses gardes-frontières aux deux territoires séparatistes - l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud - en violation des engagements pris. Les expulsés de Bruxelles avaient sans doute quelques raisons de perdre leur accréditation. Mais ils donnent aussi aux Occidentaux l’occasion de faire tourner la table et d’apprécier ce que veut vraiment Moscou : le dialogue ou la surenchère.


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