jeudi 14 décembre 2017

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Madrid ouvre une enquête sur les « avions-prisons » de la CIA

Diane Cambon, le Figaro

mercredi 16 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Espagne L’affaire, révélée par le « New York Times », embarrasse le pouvoir

LE GOUVERNEMENT espagnol a brisé le silence autour de l’affaire des « avions-prisons » de l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA), qui auraient effectué une quinzaine d’escales à l’aéroport de Palma de l’île de Majorque. A l’occasion d’une interview accordée hier à la chaîne de télévision privée Telecinco, le ministre de l’Intérieur, José Antonio Alonso, a annoncé que l’Espagne allait ouvrir une enquête sur ces vols aériens réalisés entre le 22 janvier 2004 et le 17 janvier 2005 dans les Baléares.

Le ministre a laissé entendre que cette affaire sensible, révélée lundi par le New York Times mais qui avait été soulevée au printemps par un quotidien local et par un rapport de la Garde civile de Majorque, pourrait nuire aux relations entre Madrid et Washington si elle se confirmait. « Quand on dénonce une irrégularité, on enquête, et c’est ce qu’ont fait les forces de sécurité de l’Etat et la Garde civile. L’enquête est à présent entre les mains d’un juge, et nous verrons quelles sont ses conclusions », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : « Il s’agirait de faits gravissimes et intolérables qui appelleraient évidemment une réponse au niveau des gouvernements des deux pays. »

Les allées et venues aux Baléares des fourgons cellulaires affrétés par la CIA pour transporter des supposés terroristes islamistes vers des prisons secrètes en Europe, afin d’être interrogés, avaient pourtant été dévoilées au grand jour en mars par le Diario de Mallorca. Selon le quotidien conservateur ABC, le gouvernement connaissait l’existence de ces vols, dont la plupart ont été effectués sous le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, arrivé au pouvoir en mars 2004. Selon le journal El Pais, le Centre national du renseignement (CNI) - services secrets espagnols - aurait d’ailleurs demandé à l’époque à ses homologues de la CIA d’éviter d’utiliser le territoire espagnol pour transporter des terroristes présumés.

Réactions politiques

Les « avions-prisons » ont également suscité des réactions politiques. La coalition écologistes-communistes Izquierda Unida (IU), alliée des socialistes au pouvoir, a sollicité la comparution de M. Alonso et du chef du CNI devant une commission parlementaire. Le ministre de la Défense, José Bono, a quant à lui cherché à désamorcer la bombe en affirmant qu’il n’existe « aucune preuve ou indice d’activités illicites de la CIA sur le territoire espagnol ». Il a affirmé ne pas « vouloir mettre sur la sellette les Etats-Unis, un pays ami et allié, sur de simples suppositions ». Le ministre ne veut pas détériorer les relations entre les deux administrations, qui viennent tout juste d’être renouées après la crise consécutive au retrait des troupes espagnoles d’Irak en avril 2004.


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