lundi 18 décembre 2017

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Le Pakistan, centre d’entraînement des "djihadistes" étrangers

Reuters

mercredi 6 mai 2009, sélectionné par Spyworld

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Le Pakistan a remplacé depuis près de trois ans l’Irak comme destination privilégiée des activistes islamiques accourus du monde entier pour se former au "djihad" contre les Occidentaux.

Dans le même temps, l’entraînement des candidats djihadistes désireux d’en découdre avec les "croisés" a évolué, semblant se tourner plus vers les attentats suicide que vers les actions de guérilla.

Dans de nombreux cas, des salles discrètes, y compris dans des grandes villes comme Karachi, ont remplacé les vastes camps d’entraînement devenus trop vulnérables depuis que les Américains multiplient les attaques de missiles tirés par des drones dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

Cette région limitrophe de l’Afghanistan attirait depuis longtemps des apprentis djihadistes venus de Grande-Bretagne, eux-mêmes d’origine pakistanaise.

Depuis quelques années, les volontaires arrivent du monde arabe, mais aussi de pays européens - en grande majorité des enfants de l’immigration maghrébine dans ces pays.

Il y a encore trois ans, ces militants auraient choisi l’Irak pour se former à la lutte mais les succès remportés par les forces américano-irakiennes, appuyées par des miliciens sunnites, qui ont repris à Al Qaïda de nombreuses régions, les ont poussés à trouver une autre destination.

Une fois formés au Pakistan, leur ambition est d’aller combattre les troupes étrangères en Afghanistan, ou bien de rentrer chez eux, au Proche-Orient, en Afrique ou en Occident, pour y mener le djihad en commettant des attentats contre les intérêts occidentaux ou des régimes qu’ils jugent corrompus et pro-américains, notamment au Yémen ou en Somalie.

DES MILITANTS VENUS D’EUROPE

La question de ces militants étrangers devrait figurer en bonne place dans les discussions du président américain Barack Obama ce mercredi à Washington avec le président pakistanais Asif Ali Zardari et son homologue afghan Hamid Karzaï.

Barack Obama veut voir disparaître les zones de non-droit dans le nord-ouest du Pakistan, où Al Qaïda et les taliban préparent leurs attaques non seulement des deux côtés de la frontière mais aussi dans le monde entier.

En février dernier, Dennis Blair, directeur du renseignement national américain, a estimé que la menace principale en Europe venait des extrémistes islamiques d’Al Qaïda et de leurs associés "qui ont été entraînés au Pakistan et sont rentrés dans leur pays en Occident pour y commettre des attentats".

"Nous sommes inquiets du nombre croissant de recrues occidentales dans les zones tribales pakistanaises depuis la mi-2006", a-t-il dit.

Les responsables occidentaux estiment à plusieurs centaines les activistes étrangers non-afghans qui se forment au Pakistan, bien plus qu’il y a trois ans. Les recrues restent cependant en grande majorité des Pakistanais et des Afghans.

Le général américain David McKiernan a déclaré en octobre dernier à Reuters que les services de renseignement faisaient état de la présence en Afghanistan de combattants tchétchènes, arabes, ouzbeks, pendjabis et même européens.

Selon Andreï Novikov, chef des services antiterroristes de la Communauté des Etats indépendants (CEI), qui rassemble d’anciennes républiques soviétiques, d’"innombrables" activistes originaires d’Asie centrale combattent aux côtés des taliban.

LES SALLES DE COURS REMPLACENT LES CAMPS

Richard Barrett, coordinateur du service des Nations unies chargé de suivre les activités d’Al Qaïda et des taliban, confirme aussi que le nombre d’étrangers partis se former au Pakistan semble avoir augmenté mais ne dépasserait cependant pas "quelques centaines".

"La formation depuis deux ans se fait surtout à l’intérieur de petites installations dans le nord-ouest du Pakistan, et non plus dans des camps d’entraînement trop faciles à repérer", a-t-il dit. "Elle a même lieu dans des appartements ou des maisons dans des localités comme Karachi."

Selon lui, la plupart des volontaires islamistes britanniques rentrent ensuite chez eux, ce qui pourrait faire douter du sérieux de leur engagement.

"Mais il est très difficile de faire la différence entre les amateurs qui reviennent en Grande-Bretagne pour jouer des mécaniques et les gens sérieux" susceptibles de participer à des actions en Occident, dit Barrett.

A Berlin, Berndt Georg Thamm, spécialiste des questions de sécurité, reconnaît que le flot des militants islamiques qui se rendent au Pakistan s’est accru ces dernières années.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, dit-il, quelque 140 personnes venues d’Allemagne ont suivi des stages dans des camps au Pakistan ou en Afghanistan. Entre 60 et 80 sont ensuite rentrées en Allemagne.

Pour Raphael Perl, responsable des questions antiterroristes à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), "environ 60% des gens qui ont suivi une formation là-bas ne mènent aucune activité suspecte quand ils rentrent dans leur pays".

"Mais ils peuvent tout aussi bien être contactés à un moment ou à un autre pour aider quelqu’un, lui fournir un gîte ou bien louer une voiture."


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