lundi 18 décembre 2017

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DGSE : la double erreur humaine est confirmée

Jean-Marc Aubert, France Soir

samedi 9 mai 2009, sélectionné par Spyworld

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L’ouverture d’une information judiciaire par le procureur de Montpellier est imminente. Les investigations ont été retardées par le secret-défense renforcé.

Deux mois après l’explosion accidentelle fatale à deux jeunes agents secrets, membres de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) sur un terrain militaire proche de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, la double erreur humaine est confirmée par l’enquête des gendarmes de la section de recherches de Montpellier. C’est ce qu’a confirmé vendredi à France-Soir Bernard Legras, le procureur général près la cour d’appel, révélant que « l’ouverture d’une information judiciaire par le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, est imminente. Elle ne sera pas ouverte contre X, mais contre personnes dénommées, identifiées comme étant susceptibles d’être responsables du drame et contre lesquelles il existe des présomptions ». A la tête du parquet militaire du ressort de la cour d’appel, Brice Robin va viser dans un premier temps deux officiers du Centre parachutiste d’instruction spécialisé (CPIS), qui faisaient partie du groupe chargé d’organiser ce stage commando. L’information judiciaire va être ouverte pour « homicides involontaires aggravés par un non-respect des obligations de sécurité » contre celui qui a donné l’ordre de déclencher le tir et celui qui l’a exécuté, deux officiers pourtant rompus depuis des années à encadrer de tels exercices. Pourtant, lundi 29 mars, vers 15 h 30, sur le terrain militaire d’Opoul, au nord de Perpignan, l’entraînement a tourné au drame.

Précipitation ?

Ce jour-là, deux agents secrets de 21 et 25 ans du CPIS, l’ex-fameux 11e Choc, devaient placer une charge explosive sur un véhicule et détaler pour se mettre à l’abri de l’explosion. Elle ne devait être déclenchée que dès que les deux membres de la DGSE quittaient un périmètre de sécurité matérialisé, mais la déflagration mortelle se produisait alors qu’ils venaient à peine de poser les charges explosives et qu’ils repartaient en courant. Selon l’enquête des gendarmes, les deux militaires ont été tués à l’intérieur du périmètre de sécurité. Il appartiendra au juge d’instruction de Montpellier de faire la lumière sur les raisons de cette précipitation de la part de deux responsables de stage commando irréprochables jusque-là. Il est une certitude : le tir ne s’est pas déclenché tout seul, un officier a bien appuyé sur un bouton. Et s’il l’a fait, c’est sur ordre. « Espérons que le juge d’instruction aura plus de facilité que le procureur et les gendarmes de la section de recherches de Montpellier pour travailler, ce qui n’est pas dit », témoigne un magistrat.

Barrage

De son côté, le procureur général Bernard Legras confirme que « le procureur et les enquêteurs ont rencontré les pires difficultés, la hiérarchie militaire a opposé le secret-défense renforcé, lors de chaque acte, y compris lorsqu’il fallait convoquer des militaires pour des auditions ». C’est la raison pour laquelle l’enquête préliminaire a duré près de deux mois. La hiérarchie militaire avait donné le ton, le jour du drame. Un haut gradé du Centre parachutiste d’instruction spécialisé de Perpignan avait refusé dans un premier temps de livrer au procureur de Montpellier l’identité des deux victimes. Ce barrage au bon déroulement de l’enquête préliminaire s’est confirmé, quand il a fallu que les gendarmes de la section de recherches obtiennent l’identité et l’adresse des deux officiers impliqués dans cette explosion accidentelle, puis lorsqu’ils ont été convoqués pour leurs auditions. Le procureur de Montpellier a été contraint de taper du poing sur la table pour que le feu vert soit enfin donné. Brice Robin s’était déjà heurté, quelques mois plus tôt, à pareil refus : c’était en juin 2008, après la fusillade accidentelle dans la cour du 3e RPIMa de Carcassonne, lors d’une journée portes ouvertes, où 17 personnes avaient été blessées par des tirs à balles réelles. Les autorités militaires de ce régiment avaient déjà invoqué le secret-défense renforcé. Depuis, le chef de corps et cinq parachutistes du 3e RPIMa ont été mis en examen. C’est ce qui arrivera prochainement aux deux officiers du stage commando du CPIS de Perpignan, nommément visés par l’information judiciaire imminente.


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