dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > En Russie, « l’actuel FSB est devenu l’Etat »

En Russie, « l’actuel FSB est devenu l’Etat »

Danica Hanz, Letemps.ch

samedi 9 mai 2009, sélectionné par Spyworld

logo

A Moscou, les services secrets contrôlent tout

Le KGB, organisme de sécurité qui contrôlait tout et pouvait tout faire, est mort. Les services des renseignements russes, sous d’autres formes et appellations, eux, perdurent. Les résultats publiés par le centre de recherche sur les élites de l’Académie des sciences de Russie, en 2004, postule que 78% des fonctionnaires de l’appareil étatique sont issus des organes de sécurité. Olga Krychtanovskaïa, chargée de l’étude, précise : « Les trois quarts des membres de l’élite au pouvoir sont issus du FSB (ndlr : Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie). Les hommes en uniforme dominent les conseils d’administration des grandes sociétés, après y avoir été introduits par le Kremlin. Même à l’époque soviétique, le KGB n’était pas présent dans autant de centres décisionnels. »

Le KGB s’est vu démantelé et réorganisé par l’ancien président russe Boris Eltsine. En 1991, il restructure le service sur les modèles occidentaux, jouant de leur concurrence et les rendant plus contrôlables par les autorités. Les organismes issus de la mutation sont le Service fédéral des communications et informations gouvernementales (FAPSI), le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) et le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB). Publicité

FSB est incontestablement l’institution la plus puissante. Regroupant 75 000 collaborateurs, il est chargé du contre-espionnage, du contre-terrorisme, de la lutte contre le crime organisé, de la sécurité au sein des forces armées ainsi que du suivi des anciennes républiques soviétiques. Au nom de la sécurité de l’Etat, les prérogatives du FSB sont considérables : perquisitions, arrestations, interrogatoires et écoutes.

FAPSI, fort de 12 000 personnes, est chargé des renseignements électroniques et de la sécurité des communications. L’institution dispose de stations de renseignement positionnées à Cuba, au Nicaragua, au Vietnam, au Yémen, ainsi que dans les ambassades russes, chargées d’intercepter et d’analyser diverses communications par satellites et conversations téléphoniques. Le service coopère par ailleurs avec la Syrie et la Corée du Nord. Depuis 2003, l’institution a été rattachée au FSB.

SVR couvre le domaine de renseignement extérieur et dispose d’un effectif de 15 000 hommes. Le service est directement rattaché au président de la fédération.

Le système sécuritaire russe est toujours en mutation. Deux grandes tendances se dégagent dans son évolution. Une centralisation croissante du système, qui engloutit progressivement les autres institutions au bénéfice du FSB. Et un afflux de moyens considérables au profit des services de renseignement, qui se chiffrent actuellement à un tiers des dépenses de l’Etat. Depuis 2000, le budget du FSB a triplé, celui du Ministère de l’intérieur a doublé et le budget militaire croît annuellement de 30%.

Dans cette « militocratie », une figure semble singulière, celle de Dimitri Medvedev, qui n’est pas issu de ces milieux. Selon Hélène Blanc, auteur de l’ouvrage Les prédateurs du Kremlin : 1917-2009, le FSB serait secondé par des auxiliaires chargés d’informer les services et postés dans divers lieux : universités, usines, entreprises, administrations, armée. C’est dans ce cadre que Vladimir Poutine aurait approché Dimitri Medvedev, encore jeune étudiant à Saint-Pétersbourg, le recrutant comme informateur pour le FSB. Toujours selon la chercheuse, durant la présidence Poutine, l’image du pays était desservie par la prépondérance des services de renseignement au sein du gouvernement. Amener au Kremlin quelqu’un d’étranger aux organisations de sécurité aurait été une opération de marketing. Elle conclut : « Le KGB était un Etat dans l’Etat, l’actuel FSB est devenu l’Etat. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :