dimanche 17 décembre 2017

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Soixante-quinze ans de secret pour la taupe du KGB à Oxford

Cyrille Vanlerberghe, le Figaro

jeudi 14 mai 2009, sélectionné par Spyworld

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Huit ans après sa mort, l’identité d’un des principaux recruteurs d’espions soviétiques, travaillant en parallèle avec Kim Philby et le Groupe de Cambridge, est enfin connue.

Jusqu’à sa mort, en 2001, à l’âge de 91 ans, Arthur Wynn a réussi à garder l’image d’un fonctionnaire tranquille, reconnu pour ses travaux techniques sur la sécurité dans les mines de charbon. Il a surtout conservé pendant plus de soixante-dix ans un secret qui a longtemps fait tourner en bourrique les services de contre-espionnage britannique, révèle le Times : il était cet insaisissable « agent Scott », une taupe du KGB qui recrutait des agents à Oxford, un peu à la manière de ce qui s’était passé à Cambridge avec les désormais célèbres espions Kim Philby, Donald McLean et Guy Burgess.

L’existence de ce mystérieux agent Scott fut découverte quelques années après la chute du mur de Berlin, en 1992, quand le KGB ouvrit brièvement ses archives. Mais son identité resta une énigme jusqu’à ce que les historiens John Earl Haynes et Harvey Klehr publient récemment avec l’ancien officier du KGB Alexander Vassiliev toute l’histoire dans l’hebdomadaire américain Weekly Standard. Grâce à Vassiliev, les auteurs ont retrouvé une note de 1941 dans laquelle un officiel du KGB écrit que « Scott est Arthur Wynn ».

Nom de code « Bunny »

D’après cette note, Wynn fut recruté en 1934 à Cambridge par les mêmes agents qui avaient enrôlé Kim Philby. Mais Wynn ne fit jamais parti du Groupe de Cambridge, rendu célèbre par de spectaculaires défections en URSS pendant les années 1950 et 1960. Cette même année, il partit à Oxford rejoindre sa future femme, une adhérente du Parti communiste comme lui, Peggy Moxon. Ce fut dans cet autre haut lieu de l’éducation universitaire anglaise que Scott servit d’agent recruteur pour les Soviétiques. En 1937, il avait déjà transmis à Moscou des informations sur vingt-cinq re­crues potentielles, dont un individu au nom de code « Bunny », jamais identifié à ce jour. Comme à Cambridge, les recrues d’Oxford furent principalement des jeunes de bonne famille, séduits par le communisme et déterminés à lutter contre le nazisme en cette période d’avant-guerre.

Mais alors que le mode entier est désormais au courant de l’existence des espions de Cambridge, les actions et la composition du Groupe d’Oxford qu’aida à monter Arthur Wynn restent très mystérieuses. Parmi les personnes identifiées par Peter Wright, un ancien agent du MI5 qui enquêta sur le sujet dans les années 1960, figurent Bernard Floud, un député travailliste qui se suicida en 1967 après avoir été interrogé par le contre-espionnage britannique, son frère Peter Floud, directeur au Musée Victoria & Albert à Londres et Jennifer Hart, une brillante universitaire qui eut de hautes responsabilités au ministère de l’Intérieur. En revanche, Arthur Wynn ne fut jamais sur la liste de suspects du MI5.

Les documents retrouvés dans les archives du KGB ne permettent pas de dire jusqu’à quand la taupe d’Oxford continua à rendre des services au régime de Moscou. Le dernier compte rendu sur l’agent Scott retrouvé à Moscou date de 1941. Pendant la guerre, les travaux d’Arthur Wynn au sein d’équipes cherchant à améliorer les matériels de navigation des bombardiers et les premiers radars devaient probablement intéresser ses employeurs russes. En revanche, après-guerre, sa carrière en tant que fonctionnaire dédié à la sécurité dans les mines de charbon, puis ses derniers travaux visant l’importance de la nutrition sur la croissance des enfants paraissent beaucoup moins critiques.


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