dimanche 22 octobre 2017

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Attention, les entreprises vous espionnent

Le Parisien

lundi 18 mai 2009, sélectionné par Spyworld

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Fichiers secrets, caméras indiscrètes… Un nombre croissant de commerces ou de sociétés espionnent à leur insu clients et salariés. En un an, les contrôles de la Cnil ont bondi de 30 %.

L’an dernier, Denis*, animateur commercial, s’étonne de ne plus être contacté par la société cannoise qui l’appelle régulièrement pour intervenir sur des salons. Lorsqu’il vient aux nouvelles, une salariée lui rétorque que sa « fiche » mentionne : « à ne plus faire travailler », car il « revendique trop ».

Saisie, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) débarque quinze jours plus tard au siège de l’entreprise. Les enquêteurs découvrent que non seulement le fichier des 27 000 vacataires n’est protégé par aucun mot de passe, mais aussi que les « zones commentaires » fourmillent de détails allant au-delà du registre professionnel : « gros boulet », « facho », « accent rebeu »… Et ces fiches sont gardées six ans. « Quelqu’un venu un jour travailler sans cravate peut traîner une mauvaise image pendant des années », résume le responsable des contrôles à la Cnil, Thomas Dautieu, pour qui « une simple erreur est alors figée jusqu’à la fin des temps ».

Prochains contrôles dans les clubs de football

Un cas à part, ce fichier ? Pas du tout. Les contrôles de la Cnil sur place ont bondi de 30 % l’an dernier. Ici, dans ses locaux parisiens, une équipe de onze personnes, informaticiens et juristes, n’hésite plus désormais à se rendre dans les entreprises soupçonnées d’observer de trop près salariés et clients. Copie des fichiers, puis retour à la Cnil où ils sont décortiqués. Résultat : bases non sécurisées, personnes fichées sans être prévenues… les situations inquiétantes font florès. Les photos prises pour les contrôles radars ? De nombreux citoyens ne parviennent jamais à y avoir accès.

Les caméras de surveillance ? « Sous prétexte de vérifier qu’aucun salarié ne volait des hamburgers, une entreprise de restauration rapide avait installé quinze caméras, filmant leurs faits et gestes jusqu’aux poubelles », se souvient Thomas Dautieu. Et que dire de ces fiches clients qui peuvent faire beaucoup de dégâts. Ici, c’est le salarié d’un petit commerce qui annote « il picole dur, le vieux » à propos d’un client… atteint de la maladie de Parkinson. Là, c’est une étude d’huissier, qui évoque le « fils incarcéré » d’un débiteur, les « problèmes de drogue » d’un autre ou une « débitrice atteinte d’un cancer du sein »… Précisons que ce fichier hors la loi a pu être consulté par une autre étude d’huissier, avant que certaines mentions ne soient enlevées. Autre exemple : un centre automobile Leclerc des Yvelines a dû payer 30 000 € d’amende, car il indiquait sur des fiches comment évincer des clients indésirables (« ne pas intervenir sur ce véhicule ») ou en choyer d’autres (« attention, le monsieur est policier »). Récemment, les enquêteurs ont découvert que le prestataire extérieur d’une clinique, qui accueille 14 000 nouveaux patients par an, n’avait pas sécurisé le fichier contenant les données de santé dont il avait la charge l’affaire est en cours d’instruction.

La palme revient à cette société d’aide scolaire à domicile, qui évoquait pour certains élèves des « attouchements sexuels » ou des « abus sexuels ». L’entreprise n’avait pas signalé les faits. La Cnil vient de transmettre au parquet. Ses prochains contrôles viseront, notamment, la façon dont les clubs de football surveillent leurs supporteurs.

* Le prénom a été changé.


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