samedi 21 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Comment le New York Times a raté le scoop du Watergate

Comment le New York Times a raté le scoop du Watergate

Julie Connan, le Figaro

mardi 26 mai 2009, sélectionné par Spyworld

logo

Un journaliste du prestigieux quotidien affirme avoir eu vent du scandale, avant le Washington Post. Mais sa hiérarchie n’a pas souhaité exploiter ses informations.

C’est l’histoire d’un énorme ratage. Le New York Times aurait été à deux doigts de voir son nom figurer dans tous les livres d’histoire et dans « Les hommes du président ». Dans ses colonnes, l’un de ses anciens journalistes, Robert M. Smith, affirme avoir entendu parler du scandale du Watergate bien avant que le Washington Post n’en tire une gloire internationale.

Le 16 août 1972, soit deux mois après le cambriolage des locaux du parti démocrate à Washington, le journaliste raconte avoir déjeuné avec le directeur du FBI de l’époque, L. Patrick Gray. Un déjeuner au cours duquel le responsable lui aurait parlé des « détails explosifs de l’affaire, dont la culpabilité de l’ancien attorney general, John Mitchell, et une allusion au fait que la Maison-Blanche était impliquée ».

Le directeur de la police fédérale « m’a dit que le ministre de la Justice était impliqué dans l’étouffement » de l’affaire, se souvient Robert M. Smith, selon le quotidien. « J’ai demandé : ‘jusqu’où cela remonte-t-il ? Jusqu’au président ?’ Il est resté assis, m’a regardé et n’a pas répondu. Sa réponse se trouvait dans son regard », raconte-t-il.

Si ses propos sont exacts, cela signifie que les dirigeants du FBI de l’époque ont bel et bien organisé des fuites. Ce qu’avait déjà permis d’apprendre en juillet 2005 la révélation de l’identité de « Gorge profonde », source secrète du Washington Post, en la personne de Mark Felt, directeur adjoint de l’agence.

Quid de la cassette ?

Le jeune journaliste, alors tout excité par ces révélations, se rue dans le bureau de son rédacteur en chef, Robert H. Phelps, qui prend note et enregistre leur entretien.

Il y sans doute plusieurs éléments pour expliquer ce qui s’est passé entre cette conversation et le scoop raté. Robert M. Smith en rapporte trois : il ne pouvait pas suivre cette affaire car il était attendu dès le lendemain pour sa rentrée à l’université de droit de Yale. La rédaction était débordée par la couverture de la convention républicaine. Enfin, son chef devait s’envoler en Alaska pour un mois.

Qu’est-il advenu de ces informations, des notes ou de l’enregistrement ?, s’interroge alors le Times. « Je n’en ai aucune idée », répond Robert H. Phelps, aujourd’hui âgé de 89 ans.

La suite de l’histoire est plus connue : l’information, non exploitée par le New York Times, finit entre les mains de son concurrent, le Washington Post.

Et après une longue enquête, le duo Bob Woodward-Carl Bernstein dévoile en septembre-octobre 1972, en pleine campagne présidentielle, l’implication de l’administration Nixon dans le célèbre cambriolage. Les cambrioleurs, qui avaient tenté d’installer des micros dans les bureaux pour espionner le parti démocrate, sont interpellés et déclarés coupables.

Le scandale et ses nombreuses ramifications contraignent Richard Nixon à démissionner deux ans plus tard, le 9 août 1974, et font de lui le premier président américain à se démettre.

Robert M. Smith n’avait jusque là pas l’intention de révéler son déjeuner secret avec le chef du FBI, ce même après la mort de ce dernier, il y a quatre ans. Il a décidé de sortir du bois et de donner sa version des faits, après avoir appris que son ancien supérieur publiait ses mémoires, intitulés « God and the editor ». Mais, Robert H. Phelps n’y livre que de maigres souvenirs de l’histoire : il ne se rappelle d’ailleurs pas toujours de l’endroit où il a rangé la fameuse cassette de leur entretien.

 » Voir le dossier spécial du Washington Post sur le scandale du Watergate


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :