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"Nous ne prenons pas le contrôle de Thales", assure le PDG de Dassault

Propos recueillis par Dominique Gallois, le Monde

mardi 26 mai 2009, sélectionné par Spyworld

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Au lendemain de l’entrée de Dassault Aviation dans le capital de Thales, Charles Edelstenne sort de son silence. Le PDG justifie cette arrivée, qui suscite remous et interrogations sur le rôle réel et les intentions de l’avionneur.

En reprenant la participation d’Alcatel-Lucent, il devient le deuxième actionnaire du groupe de défense derrière l’Etat, avec près de 26 % du capital. Tous deux sont liés par un pacte dans lequel Dassault est le partenaire industriel. Cette arrivée met fin à l’incertitude qui durait depuis des années sur l’actionnariat de Thales.

En septembre 2008, vous n’étiez pas intéressé par Thales. Pourquoi ce revirement ?

Lorsque la question m’a été posée, le dossier Thales n’était pas officiellement ouvert. J’ai donc fait cette réponse pour mettre un terme aux rumeurs persistantes sur le sujet depuis des mois. Mais quand, trois semaines plus tard, le nouveau président d’Alcatel-Lucent, Philippe Camus, a annoncé son intention de vendre sa part dans Thales, nous nous sommes déclarés. C’est aussi simple que cela.

Pourtant, dès l’été, l’Elysée avait tranché en votre faveur et écarté EADS, prêt à proposer plus cher. Pourquoi ce cadeau ?

Nicolas Sarkozy et Serge Dassault n’ont jamais évoqué ce sujet ensemble. La volonté politique était de créer un grand groupe européen dans les hautes technologies, ce que nous avons proposé en rapprochant les compétences de Dassault Aviation, Dassault Systèmes et Thales. Nous avons payé le juste prix. Il a été calculé en fonction des cours boursiers des douze derniers mois. Je ne vois pas où est le cadeau. Au final, c’est une négociation entre un vendeur et un acheteur.

Est-ce normal d’être dispensé d’offre publique d’achat (OPA), alors que vous semblez prendre le contrôle du groupe ?

Cela n’a rien d’exceptionnel, puisque nous avons repris le pacte d’actionnaires qui liait Alcatel à l’Etat sans pratiquement en changer un iota. A l’époque, Alcatel avait été dispensé de rachat. L’autorité des marchés financiers (AMF) l’a donc reconduit pour nous. Nous ne prenons pas le contrôle de Thales, et je n’en serai pas le patron, car nous sommes liés par un pacte avec l’Etat qui en est le premier actionnaire.

Toutes les grandes décisions doivent être prises ensemble. Toutefois, nous ne serons pas un actionnaire dormant. Nous serons actifs et vigilants. Je vous rappelle que nous travaillons avec Thales depuis soixante ans. Si les pouvoirs publics l’avaient voulu autrement, ils auraient choisi un partenaire financier.

Pourquoi ne pas avoir respecté la gouvernance de Thales en choisissant un PDG contre l’avis du comité interne de sélection consulté à la demande du ministère de l’économie ?

Je vous rappelle qu’en tout état de cause l’avis de ce comité n’était que consultatif. La première gouvernance d’une société, c’est le respect de la volonté des actionnaires. Or quand la majorité représentant plus de 60 % des droits de vote s’est exprimée pour un choix, le minimum est de le respecter. Pour cette nomination, nous avons suivi strictement le pacte. Il précise que le dirigeant est désigné en commun par les deux actionnaires. Luc Vigneron est mon choix comme celui de l’Etat.

En révoquant Denis Ranque de la présidence, contestez-vous sa stratégie ?

Nous sommes dans les affaires, pas dans les sentiments. Quand le capital d’une entreprise évolue, il est normal que les dirigeants changent. Cela se passe dans n’importe quelle société dans le monde et cela sans problème. Je n’ai rien à redire sur sa stratégie. Il faudra la poursuivre. J’ai donné mon accord pour intensifier la coopération dans le naval. Mais Thales est un groupe compliqué. Il faudra améliorer la rentabilité en simplifiant son mode de fonctionnement.

Avez-vous donné une lettre de mission à Luc Vigneron, qui n’a jamais dirigé une entreprise de cette taille ?

Non. Luc Vigneron présentera une première analyse au conseil d’administration dans deux mois et exposera son plan stratégique dans les six mois. De même, c’est à lui de composer son équipe. Je le connais depuis longtemps, il a toute ma confiance et je vous rappelle qu’on ne naît pas PDG. Denis Ranque était responsable d’une petite société du groupe avant de présider Thales.

Avec la crise, envisagez-vous de rapprocher des activités ?

Il n’est pas question de fusionner Thales avec Dassault. Les deux sociétés échangeront le plus possible leurs compétences. Les difficultés du marché avions civils existent et tiennent au contexte économique global. Mon entrée dans Thales procède d’une autre démarche qui consiste à faire de Dassault Aviation un des grands opérateurs de la défense en Europe, parce que nous disposons d’une expérience et d’une légitimité dans les technologies militaires reconnues par tous en France et en Europe.

Si les résultats de Dassault plongent, exigerez-vous plus de résultats chez Thales ?

Ce n’est pas dans notre culture. Nous sommes des investisseurs de long terme, et avons déjà traversé de nombreuses crises. Notre chance, chez Dassault, c’est que notre cours de Bourse ne constitue pas une obsession et nos actionnaires principaux ne sont pas vendeurs.

Vous étiez aux Emirats arabes unis avec Nicolas Sarkozy, qu’en est-il des négociations pour la vente de Rafale ?

Vous savez très bien que je ne m’exprime jamais sur les négociations en cours. Je ne ferai donc aucun commentaire.


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