dimanche 17 décembre 2017

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Quand les militaires et les espions utilisent Google

Jean Guisnel, Le Point.fr

lundi 8 juin 2009, sélectionné par Spyworld

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Il n’y a pas si longtemps, les agents secrets français de la DGSE, qui étaient allés négocier la restitution d’un otage enlevé en Somalie, avaient utilisé les cartes de Google Maps et les photos de Google Earth pour localiser ses ravisseurs. Mais aujourd’hui, habitué des applications qui tuent la concurrence (killing apps), Google fait encore plus fort. La société américaine est sans doute en train de réinventer la géographie avec un outil invraisemblable, Google Map Maker . Attention ! Ici, il ne s’agit pas du tout d’aller batifoler sur une carte, ou de chercher le restau du coin. Il s’agit bien plus intelligemment de "fabriquer" une carte, d’y insérer des routes, des immeubles, des stades ou des hôpitaux, des changements de limites territoriales et à terme de l’information quasi cadastrale. Chaque internaute s’y colle, Google traite ces informations, le tout se retrouvant ensuite dument installé sur Google Earth et/ou Google maps, qui viennent de s’enrichir d’informations détaillées sur 60 pays.

Comme le signale la dernière livraison de la lettre confidentielle Intelligence on Line (site payant), le chantier n’en est qu’à ses débuts, mais les militaires avertis s’y intéressent déjà de très près. Pour eux, une information géographique ne vaut que si elle est exacte et validée. Or, ce travail exige un temps et des moyens considérables. Dans des zones difficilement accessibles, ou mal cartographiées, voire interdites, il est quasiment impossible d’effectuer des mises à jour permanentes. Il est également difficile de nourrir une base de données avec des informations aussi importantes que de la toponymie exacte, la nature des sols ou des paysages, les zones inondables. Or, c’est exactement ce que propose Google Map Maker, confie Thierry Rousselin, de la société Géo212 , société créée en 2004 par cet ingénieur géologue passé d’abord par la télédétection puis par la géographie militaire au sein de la DGA (Délégation générale pour l’armement) : "Au début, en juin 2008, le projet n’a pas quitté les Google Labs . Ils avaient bien vu qu’ils avaient un problème pour créer des cartes concernant des zones mal couvertes par des sociétés comme Navteq ou Teleatlas , dont ils achètent les fonds de cartes. La mise à jour aurait coûté cher, et serait demeurée sans modèle économique."

C’est peu connu, mais le mouvement des logiciels libres possède son pendant dans l’information géographique, avec des projets collaboratifs comme OpenStreetMaps , qui possède son antenne française . D’après Thierry Rousselin, dont la société vient de rendre un rapport confidentiel sur ce sujet au ministère de la Défense, les militaires ont tout intérêt à utiliser ces cartographies collaboratives, souvent informées par des professionnels oeuvrant à titre bénévole, et par de vrais amateurs qui proposent photos, itinéraires ou autres. Google Map Maker reprend les recettes qui ont fait le succès de l’entreprise : pas de jargon, et un contrôle qualité qui ne dit pas son nom, passant par la "modération" entre internautes. Les tests réalisés par des Français ont révélé que chaque fois ou presque qu’une information est ajoutée dans Google Maps Maker, un mail arrive demandant des détails supplémentaires. Du travail bien fait...

Au confluent du militantisme, du business, du renseignement et du militaire, le mouvement VGI (Volonteer Geographic Information) surfe sur cette vague, et avait rassemblé ses principaux animateurs en décembre 2007, pour une grande conférence , organisée par Michaël Goodchild , du département de géographie de l’université de Californie à Santa Barbara. Tout ce qui se fait de plus brillant dans le monde scientifico-militaire américain était présent. Etrange ? Mais non, tout s’explique...

Intelligence On Line rapporte qu’en janvier dernier, lors de la conférence Digital Geographic Information Europe 2009 , l’un des cadres de l’agence de renseignement géographique américaine, la NGA (National Geospatial Intelligence Agency) , Jack Hild, avait indiqué que son agence souhaitait acquérir une base cartographique mondiale "précise et à jour". Et si, tout simplement, il s’agissait des systèmes géographiques de Google, implémentés chaque jour, et gratuitement, par des internautes généreux ? Simple hypothèse, bien sûr...


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