lundi 11 décembre 2017

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A menaces nouvelles, solutions nouvelles

Jean Chichizola, le Figaro

mercredi 23 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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LANCÉS en mars dernier, les travaux du livre blanc sur la sécurité intérieure s’achèvent. Classifiés « confidentiel défense », les rapports des six groupes d’experts ont été remis aux autorités fin octobre et feront l’objet d’une synthèse rendue publique début 2006. Résumé des trois rapports portant sur l’analyse du phénomène terroriste islamiste et sur la riposte.

L’évaluation de la menace. Né des travaux du groupe de travail présidé par Pierre Brochand, patron de la DGSE, le rapport évoque sans tabou les « espaces du terrorisme islamiste ». Les « zones de transit et de soutien » englobent ainsi l’Iran et la Syrie à la sévérité « à éclipse » à l’égard des djihadistes. L’Iran assure un couloir de communication entre l’Irak et l’Afghanistan et la Syrie est devenue la principale porte d’entrée vers Bagdad. Concernant les « terres de djihad », l’intervention américaine en Irak, pays qui accueille des milliers de volontaires du monde arabe et quelques centaines venant d’Europe, aurait créé « un abcès de fixation ». Les « sanctuaires » terroristes pourraient s’étendre, avancent les experts, « aux portes des très glandes agglomérations européennes pour autant que la loi cessera d’y régner ».

Dans ce contexte, la France est un « objectif stratégique de rechange ». Au-delà du vieux procès dressé par les islamistes, sept facteurs aggravent la menace : la loi sur les signes religieux, l’intervention en Afghanistan, « la collaboration franco-américaine au Liban face à la Syrie censée compromettre la stabilité d’un régime clé pour la logistique du djihad irakien », l’apparition d’une nouvelle génération de radicaux, les projets d’attentats européens du Jordanien Zarkaoui et le rapprochement des groupes terroristes maghrébins.

La stratégie nationale de lutte antiterroriste. Le rapport du groupe de travail dirigé par Pierre de Bousquet de Florian, directeur de la DST, isole cinq thèmes pour une meilleure prévention : privilégier l’action administrative (refus de visas, expulsions, dissolution d’associations...) ; développer une politique de prévention dans les prisons pour endiguer une activité prosélyte créant de nouveaux activistes ; lutter contre le financement ; sensibiliser les agents publics ; réduire le risque par une « présence de sécurité réelle » alliant « le renforcement de la visibilité policière par l’augmentation et la diversification des lieux de patrouilles, l’utilisation de l’îlotage, la vidéosurveillance, l’utilisation de relais » dans des secteurs comme les cybercafés ou les loueurs de voiture.

Les moyens juridiques de la lutte antiterroriste. Présidé par le directeur des affaires criminelles et des grâces, Jean-Marie Huet, le rapport évoque la création d’une « sorte de fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes », l’extension des écoutes téléphoniques réalisées sous le contrôle du parquet. L’essentiel porte sur la lutte contre le prosélytisme. En prison, d’abord (ventilation des détenus à travers la France, isolement, cartographie des établissements touchés par l’islamisme, lutte contre les prières collectives, formation et suivi des personnels). Prosélytisme des jeunes, ensuite (augmentation des mesures de réparation et des stages de formation civique à la suite d’actes racistes ou antisémites...). Dernier point : la modification des textes législatifs en la matière. La loi de 1881 sur le délit de « provocation et d’apologie du terrorisme » n’est pas toujours adaptée, notamment au prosélytisme en prison ou en cercle fermé (appartement). Il est suggéré de créer une « infraction miroir » dans le Code pénal pour mieux frapper les appels à la haine.


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