lundi 16 octobre 2017

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Terrorisme : la traçabilité nucléaire est insuffisante, selon un rapport américain

AP

mercredi 17 juin 2009, sélectionné par Spyworld

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Barack Obama considère le terrorisme nucléaire comme "la menace la plus immédiate et la plus extrême pesant sur la sécurité internationale". Et pourtant un rapport de l’administration américaine suggère qu’en cas d’attentat atomique ou à la "bombe sale", les bases de données existantes ne permettraient pas de remonter jusqu’aux terroristes.

"Je ne pense pas que les services de renseignements soient prêts pour relever un tel défi", observe Rolf Mowatt-Larssen, qui a travaillé pendant des années à la CIA et comme chef des services du renseignement sur les armes de destruction massive.

Ces préoccupations sont manifestes dans un rapport rendu public le 1er juin par l’administration américaine, tiré d’un document confidentiel du Government Accountability Office (GAO), et dans une étude précédente réalisée par des organisations scientifiques américaines. Ils disent que les experts ne seraient pas aptes à réagir convenablement à une "bombe sale".

Les scientifiques pensent aussi que les données internationales répertoriant les caractéristiques de matériaux nucléaires dans le monde, essentielles pour rechercher des indices si un tel événement survenait, ne sont actuellement "pas assez importantes, ni suffisamment utilisables".

"Si vous avez les données de référence, vous pouvez identifier l’origine (des éléments d’une bombe, NDLR). C’est comme une base de données d’empreintes digitales", a expliqué Richard Hoskins, un expert en sécurité à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), dans un entretien réalisé au siège de l’agence onusienne à Vienne.

La base de données de Richard Hoskins sur la contrebande d’armes nucléaires recense 1.646 incidents liés à des trafic, des vols ou des pertes de matériaux nucléaires depuis 1995, dont 18 impliquant du plutonium ou de l’uranium enrichi, des combustibles qui peuvent être utilisés pour la fabrication de bombes atomiques.

Aucun de ces incidents ne fait toutefois état de suffisamment de matériaux pour fabriquer une bombe et M. Hoskins affirme que selon l’AIEA, il s’agit de vols opportunistes et non d’actions réfléchies émanant d’un réseau terroriste.

Le pire ne peut cependant pas être exclu, d’autant plus qu’au moins un mouvement terroriste est connu pour aspirer au "statut nucléaire", note Roger Howsley, chef de l’Institut international pour la sécurité nucléaire, basé à Vienne. "Al-Qaïda a dit qu’il le serait s’il le pouvait", a-t-il souligné.

Pour des terroristes, il serait très difficile de voler une bombe utilisable, ou construire un engin efficace s’ils trouvent les matériaux adéquats, selon des experts. Mais si cela se produisait, cela pourrait avoir des conséquences "dramatiques", note Rolf Mowatt-Larssen.

Pour empêcher que des matériaux pouvant servir à fabriquer une bombe tombent dans de mauvaises mains, les experts essaient de pister à la source les matériaux saisis par les trafiquants, et d’empêcher toute fuite dans les installations nucléaires vulnérables.

Des scientifiques américains, dans un rapport rendu public l’an dernier, ont exhorté les Etats dotés d’armes nucléaires à coopérer plus étroitement sur une base de données internationale.

Klaus Mayer, spécialiste en nucléaire à la Commission européenne, n’a toutefois pas l’impression que cela puisse arriver rapidement. "Il y a tellement de sensibilités en jeu", a-t-il expliqué à l’Associated Press dans un entretien téléphonique, alors qu’il effectuait un déplacement en Géorgie. Les Européens sont plus partisans d’un système décentralisé de bases de données nationales protégées, auquel il serait possible d’avoir recours en cas d’urgence.

De telles questions devraient être abordées à nouveau à la fin de cette année ou début 2010, Barack Obama souhaitant l’organisation d’un sommet international sur la sécurité nucléaire, pour mieux se mobiliser contre le terrorisme, qu’il qualifie de "sérieuse menace".


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