samedi 16 décembre 2017

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Un superlogiciel pour traquer la délinquance

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

lundi 22 juin 2009, sélectionné par Spyworld

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Mis au point par la gendarmerie, cet outil permettra aux enquêteurs de puiser rapidement dans un vaste ensemble de données, depuis les fichiers de police jusqu’à Google ou Facebook.

L’enjeu est de taille. Pour faire grimper son taux de réussite - c’est-à-dire sa capacité à retrouver les auteurs des crimes et délits -, la gendarmerie travaille en éclaireur à la réalisation d’un outil informatique d’un nouveau genre qui, s’il voit le jour, sera aussi utilisé par la police. Ce système, baptisé « Périclès » en référence au stratège athénien, a, comme sa lointaine cousine, la base de données Edvige, changé de nom en cours d’élaboration pour répondre à l’acronyme imprononçable d’AJDRCDS (Application judiciaire dédiée à la révélation des crimes et délits en série).

Son principe est simple : utiliser la capacité de recoupement instantané des ordinateurs pour débusquer les suspects, en alimentant la machine avec toutes les informations légalement utilisables. Pour cela, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, va faire voter un article spécial dans sa loi d’orientation pour la sécurité, dite « Lopsi 2 », bientôt présentée au Parlement. Il autorisera l’usage de cette nouvelle forme d’enquête assistée par ordinateur pour tous les crimes et délits passibles d’au moins cinq ans de prison. Même si la gendarmerie regrette que le seuil ne soit pas encore abaissé, pour pouvoir traiter « la délinquance de proximité, qui reste impunie huit fois sur dix ». De l’arrachage de sac au vol d’autoradio.

L’information en un clic

Le nouveau Périclès croisera donc les traditionnels outils de police, comme les fichiers d’antécédents judiciaires Stic et Judex (bientôt refondus dans Ariane), avec des éléments complémentaires d’abord puisés dans les procédures judiciaires. Tout ce qui sera saisi dans les dossiers (lieux, moyens de transport, objets, personnes, signalements) fera l’objet d’une indexation précise dans Ariane. Pour pouvoir retrouver l’information en un clic. Puis Périclès, moteur de recherche élaboré, se chargera de détecter les éléments qui peuvent avoir un lien entre eux, qui traduisent une répétition, une série.

« Un gendarme de Brive-la-Gaillarde enquêtant sur deux agressions violentes pourra ainsi demander à l’ordinateur si, dans d’autres affaires de même nature commises en France, il y a des similitudes avec les faits qui le mobilisent, en termes de mode opératoire », explique un expert.

C’est l’application qui cherchera les points communs dans la supermémoire informatique des services. « Alors qu’avant l’enquêteur devait éplucher chaque fichier, chaque dossier, quasiment manuellement », affirme notre interlocuteur. Périclès ira jusqu’à croiser les fichiers de police avec les bases de données d’autres administrations, mais aussi avec les systèmes d’informations des opérateurs privés de téléphonie ou des banques, grâce à un système de réquisition judiciaire accélérée. « Nous n’aurons plus à attendre deux semaines qu’un opérateur de téléphonie daigne nous transmettre les éléments », se réjouit un commissaire de police très au fait du dossier.

« Sources ouvertes au public »

L’un des promoteurs du projet, Place Beauvau, l’assure : « Grâce à cet outil intelligent, il ressortira, par exemple, que telle ou telle personne, à laquelle nous n’avions pas prêté attention, se trouvait sur les lieux de plusieurs crimes ou délits, dans des villes ou des quartiers différents ». Parce que, dit-il, « l’ordinateur aura fait remonter que, dans le périmètre de ces affaires sans rapport apparent, des agents avaient relevé la plaque d’immatriculation de sa voiture ».

Le superprogramme des gendarmes va plus loin. Dans un document auquel Le Figaro a eu accès, il est très clairement indiqué que Périclès pourra être « enrichi » d’informations puisées dans les « sources ouvertes au public ». À commencer par tout ce qui remonte via Google ou Facebook, le réseau social à la mode qui révéla en un éclair les noms des « amis » du trader Jérôme Kerviel.

 » Le logiciel Périclès permettra de recouper tous les fichiers existants


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