mardi 12 décembre 2017

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Censure d’internet : la Chine persiste et signe

La Tribune.fr

jeudi 25 juin 2009, sélectionné par Spyworld

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Non content de détenir le titre de champion du monde de la censure sur Internet, la Chine ne donne aucun signe de détente. Au contraire. Sa dernière invective : l’espionnage de ses quelque 250 millions d’internautes via un logiciel de filtrage installé sur tous les ordinateurs vendus sur son territoire.

Epinglée par l’association de défense de la liberté de la presse Reporters Sans Frontières (RSF) parmi les douze « Ennemis d’Internet », la Chine affiche la triste performance d’être le leader de la répression sur le Net. Et la situation semble plutôt s’empirer.

Dans son rapport du 12 mars 2009, RSF indique que près de 40.000 employés de l’Etat et du Parti surveillent les fichiers qui circulent sur Internet. Par exemple, Sina, la plus grande plateforme de blogs utilisée dans le pays est surveillée par le ministère de l’Information et soumise au pacte d’autodiscipline imposé par la Société Internet de Chine Tous les blogs de cette plateforme étant hébergés en Chine, le gouvernement peut aisément les contrôler s’il juge leur contenu contraire aux principes du parti. En 2008, près de 3.000 sites d’information ont ainsi été rendus inaccessibles à l’intérieur du pays.

Installation d’un logiciel espion pour lutter officiellement contre la pornographie

Depuis le 5 janvier 2009, une grande campagne de filtrage a été lancée par le ministère de l’Information, afin de lutter contre la pornographie. Le ministère a demandé aux acteurs de l’Internet de redoubler de vigilance quant au contenu des sites auxquels ils donnent accès et a expressément demandé aux hébergeurs et fournisseurs d’accès de réguler eux-mêmes les publications en ligne. Ce que les entreprises d’Etat ont fait. Le hic c’est que parmi les sites bloqués figurent celui du "New York Times" et le portail de blogs politiques "Bullog" car, selon le ministère de l’Information, il "publie un grand nombre d’informations négatives dans le domaine politique".

Sous ce prétexte de la pornographie, le gouvernement pousse même encore le bouchon plus loin en obligeant dès le 1er juillet prochain les fabricants de PC présents en Chine d’installer un logiciel de filtrage de contenu. L’ordre a été lancé le 8 juin dernier par le ministère chinois de l’Industrie et de la Technologie de l’information (MIIT). Le nouveau logiciel (Green Dam Youth Escort ) est financé par le gouvernement afin de protéger les "jeunes" des contenus "néfastes" rencontrés sur Internet. Depuis le mois de mars, il aurait été téléchargé plus de 3 millions de fois, serait utilisé dans 2.279 écoles et installé dans quelque 518.000 ordinateurs. Les entreprises Lenovo, Inspur et Hedy auraient déjà installé ce logiciel sur plus de 52 millions d’ordinateurs.

De là à penser qu’il s’agit d’empêcher ses ouailles de trop surfer sur le web, la frontière est plus que perméable... Surtout que RSF signale que selon le centre de recherches Open Net Initiative, le logiciel Green Dam Youth Escort, "a une influence qui s’étend bien au-delà de la protection de la jeunesse ; les options de filtrage incluent la possibilité de bloquer du contenu politique et religieux". Or, poursuit l’association, seule l’entreprise américaine Microsoft s’est pour l’instant inquiétée des effets de l’installation de ce logiciel sur la libre circulation de l’information.

Les entreprises occidentales complices ?

Ce qui conduit Reporters Sans Frontières à juger les entreprises américaines et européennes "coresponsables" de la censure. Dans un communiqué publié lundi, l’organisme insiste sur la nécessité d’adopter une législation pour permettre aux entreprises implantées dans des pays répressifs, d’échapper aux mesures qui leur sont imposées par les gouvernements locaux. "L’Iran et la Chine peuvent aujourd’hui bloquer l’accès à l’information grâce à des technologies occidentales. Il est grand temps que les Etats-Unis et l’Union européenne protègent leurs entreprises d’une utilisation détournée et dangereuse de leurs produits. Ces entreprises doivent disposer d’un recours légal et officiel face à des mesures qui les obligent à entraver la libre circulation de l’information (...) ».

Cette loi devrait rentrer dans le cadre du Global Online Freedom Act (GOFA), une proposition de loi étudiée aux Etats-Unis et introduite à la Chambre américaine des représentants dans sa nouvelle version le 6 mai dernier. En substance, elle vise à "empêcher les entreprises américaines de collaborer avec des pays répressifs qui cherchent à transformer Internet en un outil de censure et de surveillance." Sa version européenne, présentée le 17 juillet 2008 au Parlement européen, entend inciter les entreprises américaines à héberger leurs serveurs à l’extérieur des pays répressifs.

L’article paru récemment dans le Wall Street Journal vient également appuyer ce constat. Selon le quotidien, les entreprises européennes Siemens (Allemagne) et Nokia (Finlande), ont fourni les logiciels nécessaires à la surveillance des télécommunications en Iran à travers la "joint venture" Nokia Siemens Network. Nokia a confirmé la vente de sa technologie reposant sur le système de "deep packet inspection" (DPI), qui permet d’intercepter toutes sortes de communications, telles que des e-mails, des appels téléphoniques, des images ou des messages postés sur les réseaux sociaux en ligne (Facebook, Twiiter etc). La DPI est habituellement utilisée pour hiérarchiser les données sur Internet (faire passer un mail en haute priorité par exemple).

Mots clés interdits

RSF explique que la méthode d’espionnage déjà largement déployée par le gouvernement consiste à filtrer les informations au travers de mots clés. Ces mots "interdits" peuvent parfois être remplacés par des astérisques, et contrôlés par des modérateurs avant d’être affichés ou non sur le Réseau. Par exemple, tous les mots associés au mouvement pour la démocratie, réprimé dans le sang par les autorités, sur la place Tiananmen, en 1989, ont été prohibés sur le Réseau : « 1989.6.4 », « vague estudiantine de 89 », « mouvement étudiant de 89 », « troubles », « émeutes », « massacres », « révolte » , etc.

Les internautes tentent d’utiliser des signes tels que «  », « / », « ’ », entre les lettres des mots pour éviter la censure, mais les sites ont installé de nouveaux filtres qui détectent ces codes. Les sites répertorient même les homonymes et synonymes. Aujourd’hui, il y aurait environ 400 à 500 mots clés interdits relatifs aux événements du 4 juin 1989. Et l’accès aux sites hotmail, Flickr, Youtube... et même Twitter a été bloqué à la veille de la commémoration du 20e anniversaire de ce tragique événement.


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