mercredi 18 octobre 2017

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Les questions des Européens sur les vols secrets de la CIA restent sans réponse

Natalie Nougayrède, avec nos correspondants en Belgique, en Espagne, en Roumanie et en Suède, le Monde

jeudi 24 novembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les demandes d’éclaircissements se multiplient, en Europe, au sujet d’informations faisant état de l’utilisation de plusieurs aéroports et de sites secrets dans le cadre de vols affrétés par la CIA, transférant des prisonniers soupçonnés de liens avec Al-Qaida. Aucune preuve formelle de l’existence de centres de détention secrets tenus par la CIA en Europe n’a été apportée à ce jour. Mais les informations se multiplient sur des rotations d’avions soupçonnés d’être liés à la CIA, survolant ou transitant par l’Europe, notamment en provenance d’Afghanistan.

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a annoncé, mercredi 23 novembre, que les Etats membres de cette organisation serait "invités à fournir, au plus tard le 21 février 2006, des informations", notamment sur l’implication éventuelle de leurs fonctionnaires "dans la privation de liberté non reconnue d’un individu, ou dans son transport", y compris lorsque "cette privation de liberté a été commise par ou à l’instigation d’une agence d’un autre Etat".

La présidence britannique de l’Union européenne (UE) a par ailleurs annoncé, mardi, qu’elle allait rédiger, au nom des Vingt-Cinq, une requête demandant des éclaircissements au gouvernement des Etats-Unis. Les ministres des affaires étrangères de l’UE s’en tiennent cependant toujours à l’idée que cette affaire est fondée sur des rumeurs.

Les premières révélations concernant des "sites noirs" de la CIA en Europe avaient été faites début novembre par le Washington Post. Le journal parlait de lieux de détention secrets dans des pays d’Europe de l’Est, sans toutefois les localiser. L’organisation Human Rights Watch a par la suite mis en cause deux pays, la Pologne et la Roumanie, qui ont aussitôt démenti l’existence sur leur territoire de prisons de la CIA. Le Danemark, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suède et la Norvège ont annoncé qu’ils lançaient des enquêtes. Le Portugal a annoncé, mercredi 23 novembre, qu’il "étudiait la possibilité" d’ouvrir une enquête sur l’utilisation de son espace aérien par des avions de la CIA.

En Espagne, l’ambassadeur des Etats-Unis, Eduardo Aguirre, a affirmé, mercredi, que "les lois espagnoles n’ont à aucun moment été violées" à propos d’escales dans ce pays d’avions que la CIA aurait affrétés. Une enquête judiciaire est en cours dans l’archipel des Baléares, où des avions de la CIA auraient fait au moins dix escales entre janvier 2004 et janvier 2005, selon un rapport de la Guardia civil (la gendarmerie). Le procureur général de l’Etat espagnol, Candido Conde-Pumpido, a indiqué qu’en l’état actuel des investigations, il n’existe "pas d’indice de délit significatif".

"PAS DE PASSAGERS À BORD"

En Finlande, le ministre des affaires étrangères, Erkki Tuomioia, a déclaré, mercredi, que ses services avaient demandé des éclaircissements à l’ambassade des Etats-Unis au sujet du transit sur l’aéroport d’Helsinki, le 16 mai 2003, d’un avion-cargo Hercules C-130 américain en provenance de Francfort. "L’avion avait poursuivi sa route vers Stockholm après quelques heures", déclare Erja Tikka, porte-parole du ministère des affaires étrangères. "Pour nous, c’était un vol commercial. Selon l’ambassade américaine, il n’y avait à bord que du fret, aucun passager."

Au Pays-Bas, la dernière information a été fourni par des fans d’aviation, qui observent les mouvements des appareils sur les aéroports. Ils ont affirmé qu’un avion de la CIA s’était posé, il y a une semaine, sur l’aéroport de Schiphol-Amsterdam. Ben Bot, le ministre des affaires étrangères, a dit ne pas être au courant d’une telle escale mais a invité les Etats-Unis à faire "toute la clarté" sur l’existence de leurs éventuelles bases secrètes.

En Roumanie, les autorités nient fermement l’existence de prisons gérées par la CIA. Human Rights Watch a cependant l’intention de mener une enquête sur l’utilisation de l’aéroport militaire Mihail-Kogalniceanu, qui aurait servi à plusieurs reprises, en 2003 et 2004, pour des transferts de prisonniers de la CIA entre l’Afghanistan, l’Europe et le Proche-Orient. Le président roumain, Traian Basescu, a nié l’existence d’un centre de détention secret. "Toute commission internationale peut se rendre en Roumanie où elle veut et quand elle veut afin d’effectuer toutes les vérifications", a-t-il ajouté.

A Bruxelles, le commissaire européen en charge de la justice et des affaires intérieures, Franco Frattini, a dit ne pas croire en l’existence de "bases spéciales" de la CIA en Europe. Contactés, des responsables européens du renseignement restent prudents. La plupart estiment que si des bases secrètes ont existé, c’était dans des pays situés hors de l’UE, notamment dans l’ancien empire soviétique. "Si certains nouveaux Etats membres, ou candidats à l’adhésion, se sont prêtés à de telles choses, les révélations auront amené la CIA à fermer ces éventuelles bases", commente un expert à Bruxelles.


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