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La France de nouveau bien placée pour équiper l’armée irakienne

Georges Malbrunot, le Figaro

mardi 30 juin 2009, sélectionné par Spyworld

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Bagdad veut acheter du matériel d’aviation français, mais il est soumis à d’intenses pressions américaines.

Lorsqu’une délégation militaire française s’est rendue fin mai à Bagdad, à aucun moment le colonel américain conseiller auprès du ministre irakien de la Défense n’était absent des discussions. « Il a tout entendu des deux rencontres que nos hommes ont eues avec le ministre Abdel Kader al-Obeïdi », regrette un diplomate à Paris.

La concurrence est rude pour équiper l’armée irakienne, qui va remplacer les troupes américaines dans la sécurisation du pays. Les pays membres de la coalition, qui ont renversé Saddam Hussein en 2003, cherchent à rentabiliser leur présence. En première ligne, les Américains ont déjà fourni à Bagdad des avions de transport C-130J-30 équipés de systèmes antimissiles, des hélicoptères Boeing AH-6 dotés de missiles sol-air, ainsi que 350 véhicules blindés LAV-25 et 140 tanks M1A1 Abrams.

Derrière eux, Britanniques, Italiens et Polonais ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Mais depuis un an, Bagdad s’intéresse aussi aux matériels français, qui équipaient l’essentiel de l’armée irakienne sous Saddam Hussein. Le réchauf­fement des relations franco-irakiennes - illustré par le déplacement de Nicolas Sarkozy à Bagdad en février - favorise cette reprise de la coopération militaire. Après la signature en mars d’un premier contrat portant sur la vente de 24 appareils de transport EC 635, pour un montant de 360 millions d’euros, « l’armée de l’air irakienne est fortement intéressée dans l’ordre de priorité par 6 hélicoptères Panthers SAR, 18 Mirage F1 modernisés, 14 hélicoptères légers Fennec, et 6 petits avions Médévac », révèle au Figaro une source haut placée au ministère de la Défense, à Paris.

L’armée de terre, de son côté, souhaite acquérir du matériel d’occasion (chars AMX 30, AMX 6 T), des véhicules de l’avant blindé VAB et Saggai E. « Mais elle a besoin de davantage de précisions pour se prononcer fermement », souligne le militaire français.

Oublié le couac diplomatique

Avec la chute du baril de pétrole - à 60 dollars, contre le double l’an dernier - le budget de la Défense a subi des coupes claires. « Avant, les délais de livraison étaient le premier des critères d’achat, maintenant c’est le coût », explique cette source. D’où le souci d’acquérir du matériel d’occasion. Pour satisfaire à cette exigence, Paris cherche à convaincre des pays voisins - l’Arabie saoudite, notamment - de revendre à l’Irak des chars AMX 30 français.

Soucieuse d’assurer le contrôle de ses côtes, la marine irakienne envisage d’acheter 15 patrouil­leurs (type Ocea), ainsi que deux bateaux de soutien. Mais là encore, les Américains sont aux aguets. « Au dernier moment, pendant la visite à Bagdad de notre délégation, les Américains se sont interposés pour faire une offre alléchante à la marine irakienne », déplore le militaire français. Consé­quence : soumis à « d’énormes pressions », Bagdad a demandé aux Français d’« améliorer » leur offre.

Pour consolider ses positions, Paris va prochainement nommer un attaché de défense à Bagdad, le colonel Luc Batignes. D’ici à fin juillet, le premier ministre, François Fillon, doit se rendre à Bagdad à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires. Les relations franco-irakiennes sont au beau fixe. Oublié le couac durant la visite du premier ministre, Nouri al-Maliki, début mai à Paris. Constatant que du vin allait être servi au déjeuner à l’Élysée, al-Maliki a tout simplement exigé que l’« alcool impie » soit retiré de la table. Pas question, lui ont répondu les Français. Le déjeuner a donc été annulé.


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