mercredi 13 décembre 2017

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« Le Vevak est le dernier rempart du régime iranien »

Stéphane Bussard, Letemps.ch

jeudi 9 juillet 2009, sélectionné par Spyworld

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Ex-directeur de la DST (contre-espionnage français), Yves Bonnet décrit les méthodes des services secrets de la République islamique

Les Iraniens commémorent ce jeudi le 10e anniversaire de la révolte estudiantine écrasée par la République des mollahs. Même si la contestation a perdu de sa vigueur, le leader par défaut de la « révolution verte » Mir Hossein Moussavi a laissé entendre qu’il serait prêt à prendre le relais des manifestants en créant un nouveau parti politique avec deux autres réformistes, Mehdi Karroubi et l’ex-président Mohammad Khatami. Ex-directeur de la DST (contre-espionnage français), Yves Bonnet vient de publier un livre* sur les services secrets iraniens. A l’heure où le G8 débat de l’Iran et que Téhéran maintient son dispositif répressif, il explicite leur rôle dans le système iranien.

Le Temps : Le régime, affaibli par le soulèvement emmené par Mir Hossein Moussavi, a-t-il les moyens de perdurer ?

Yves Bonnet : Le régime dispose du Vevak, le Ministère des renseignements et de la sécurité, dont les effectifs sont estimés à au moins

20  000 personnes. Le Vevak est le dernier rempart du régime. Dirigé par Gholam-Hossein Mohseni Eje’i, nommé par le président, il n’est toutefois pas à l’abri de défections. Si les agents passe à l’ennemi, le régime est balayé en peu de temps. Publicité

L’hypothèse semble improbable.

– On ne sait jamais. En 1979, quand le Vevak a succédé au Savak, la police secrète du shah, de nombreux agents du Savak ont tourné leur veste dans les derniers jours de la monarchie pour servir leurs nouveaux maîtres. On avait coupé des têtes, celles d’ex-chefs du Savak, mais on a gardé le reste. Le Vevak travaille donc dans la continuité de son prédécesseur. Il a gardé les mêmes dossiers, les mêmes méthodes. Le général Hossein Fardoust, un proche du shah, s’est chargé d’organiser le Vevak. S’il y a une différence d’avec le Savak, c’est dans le commandement qui est devenu religieux.

Le Vevak est-il responsable de la répression de la rue iranienne ?

– Non, il n’est pas de nature à contrecarrer des mouvements violents. Les membres du Vevak ne sont pas des CRS. Ce rôle de répression immédiate incombe plutôt aux bassidjis(milices islamiques) et aux pasdarans (Gardiens de la révolution). Par rapport à ce qui s’est passé ces dernières semaines, le Vevak a une mission classique de renseignement : il procède à des écoutes et se charge de censurer l’usage de certaines technologies quand cela lui paraît nécessaire. Il cible l’opposition. Les pasdarans eux-mêmes ont des services secrets, mais ceux-ci se chargent avant tout du renseignement militaire à l’étranger.

Le Vevak a-t-il un autre rôle ?

– La désinformation est un autre volet de son activité. Le Vevak crée des institutions à but charitable dans le but d’améliorer l’image du pays. Il invite des gens en Iran.

On parle pourtant de pratiques peu orthodoxes…

– Ces méthodes vont de la torture à la lapidation en passant par des décapitations au couteau. Il ne faut pas l’oublier. Le Vevak, qui peut émettre des fatwas, est le principal responsable des exécutions en Iran. En 1988, sur l’ordre de l’ayatollah Khomeiny, il avait mené une vaste campagne d’élimination de 33 000 personnes en l’espace de deux mois. Il possède ses propres prisons. Des agents du Vevak font l’objet de mandats d’arrêt internationaux pour avoir pourchassé et tué des opposants iraniens. La Suisse a émis un tel mandat comme l’Argentine et l’Allemagne. Le terrorisme d’Etat a commencé à l’époque de Hachémi Rafsandjani qui avait, en tant que président, généralisé le terrorisme d’Etat. Un jugement de la Cour suprême du Canada souligne que le Vevak est une organisation terroriste. Publicité

* Vevak, Au service des ayatollahs, Timée-Editions, 2009, 454 pages.


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