lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Imbroglio autour des otages français à Mogadiscio

Imbroglio autour des otages français à Mogadiscio

Thierry Portes, le Figaro

jeudi 16 juillet 2009, sélectionné par Spyworld

logo

Selon le Quai d’Orsay, les deux agents français enlevés mardi en Somalie sont détenus par des insurgés islamistes. Mais des informations contradictoires circulent.

Selon le ministre somalien des Affaires étrangères, les deux otages français sont en bonne santé et se trouvent actuellement à Mogadiscio. Mohammed Ali Ibrahim a par ailleurs précisé qu’il avait pu parler à l’un des deux « pour le rassurer ». Il a confirmé qu’ils n’étaient pas retenus par les mêmes hommes. « Le parti shebab a pris l’un des deux otages et l’autre est entre les mains du Hezb al-Islamiya », a ajouté le ministre, interrogé jeudi par France 24. Ces deux groupes ont lancé début mai une offensive sans précédent contre le gouvernement du président islamiste modéré Sharif Cheikh Ahmed, soutenu par la communauté internationale, et ont juré de le renverser.

Pris dans le bourbier somalien, les deux agents français, enlevés mardi à Mogadiscio, sont pistés par leurs services, lancés dans une course contre la montre. Dans la capitale somalienne en ruine après dix-huit années de guerre civile, les luttes entre bandes crapuleuses rivales et groupes claniques, les conflits entre affiliés d’al-Qaida, islamistes « modérés » et factions plus ou moins fidèles au gouvernement soutenu par la communauté internationale, forment un sinistre écheveau. Plus le temps passe et plus les deux otages risquent de passer entre les mains de ravisseurs aux exigences financières ou idéologiques hors de toute mesure.

Alors que cette course-poursuite se mène là-bas, les services de renseignement français, relayés mercredi par le ministère des Affaires étrangères, ont souhaité mettre un terme, ici, à une polémique naissante : « Non, en aucun cas nous jouons aux journalistes », dit une source proche des milieux du renseignement français, ajoutant : « Les deux conseillers avaient un passeport diplomatique, et ils n’avaient pas de couverture journalistique. » Le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay a pareillement assuré : « Étant en mission officielle, leur statut était également officiel et n’était pas celui de journalistes. L’action des deux conseillers s’inscrit dans le cadre de notre politique d’ensemble de renforcement du gouvernement somalien dans le domaine de la sécu­rité. »

Ce sont les déclarations du propriétaire de l’hôtel Sahafi - il a affirmé que les deux Français s’étaient enregistrés comme journalistes - qui ont suscité l’indignation de cette profession. « La Somalie est déjà un pays dangereux pour les journalistes, c’est malheureux que des gens se fassent passer pour des journalistes », a estimé Ernest Sagada, responsable à la FIJ, qui rassemble des syndicats de journalistes dans plus de 100 pays.

L’ombre des « shebabs »

Plus confus et problématique est le sort des deux otages. Le ministre de la Défense somalien a déclaré mercredi sur RFI qu’une descente avait été effectuée dans le quartier de Mogadiscio où ils pourraient être retenus, que des suspects avaient été arrêtés, et qu’un « contact » avait été établi avec les ravisseurs. L’identité de ces derniers est toutefois difficile à cerner.

Les services secrets français estimaient mercredi que leurs agents n’étaient pas tombés, ce qui serait plus dangereux, dans les filets des « shebabs », les combattants liés à al-Qaida qui défient le pouvoir du président Cheikh Charif. Selon certaines sources au sein du gouvernement somalien les ravisseurs étaient des membres de la milice islamiste radicale Hezb al-Islamiya. Des témoins de l’enlèvement, ce qui n’est pas contradictoire, ont décrit des ravisseurs vêtus d’uniforme de l’armée.

L’hypothèse selon laquelle les deux Français auraient déjà été revendus à une autre bande a été évoquée à Mogadiscio. Comme a été avancée la possibilité que les shebabs chercheraient à s’emparer des Français pour durcir leur bras de fer avec un gouvernement soutenu par la communauté internationale.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :