lundi 18 décembre 2017

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Les accusations d’espionnage occupent la politique autrichienne avant la trêve estivale

Laurence Monnot, le Monde

lundi 20 juillet 2009, sélectionné par Spyworld

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Les députés sont partis en vacances en laissant l’Autriche bruisser d’affaires d’espionnage dont s’accusent les uns et les autres. Chaque parti trouvait des raisons différentes de réclamer l’institution d’une commission d’enquête parlementaire sur l’espionnage. Et sans pour autant s’entendre, ils ont fini par former une majorité : une commission d’enquête a été votée à l’improviste, vendredi 10 juillet, dernier jour de législature avant la pause estivale, par les cinq groupes parlementaires. Elle devrait commencer à siéger dès le mois d’août.

La liste des doléances est longue. Les appels téléphoniques de Peter Westenthaler du BZÖ (Alliance pour l’avenir de l’Autriche, droite populiste) ont été surveillés par la police. Heinz-Christian Strache, le chef du FPÖ (Parti libéral d’Autriche), l’autre formation d’extrême droite, accuse le ministère de l’intérieur d’avoir communiqué aux Verts des données sur son parti. Le rapport 2009 sur la lutte antiterroriste, qui n’est pas encore rendu public, fait état de l’instrumentalisation de députés du FPÖ par les services secrets kazakhs.

Une quatrième affaire est apparue, plus importante par ses implications politiques et militaires. Selon le quotidien Standard, qui se réfère à une instruction ouverte par le ministère de la justice et confiée aux services d’investigation du ministère de l’intérieur, les services de contre-espionnage autrichiens auraient communiqué des données sensibles à des hommes politiques du FPÖ, de 2000 à 2001, lors du gouvernement de coalition entre les conservateurs et la droite populiste mené par Wolfgang Schüssel.

Le ministère de la défense était alors dirigé par Herbert Scheibner du FPÖ (maintenant au BZÖ). A l’arrivée du ministre social-démocrate Norbert Darabos, les fonctionnaires soupçonnés d’avoir organisé ces fuites ont été déplacés.

Cette affaire ne devrait pas relever du mandat de la commission d’enquête. Elle pourrait pourtant être abordée, en lien avec les allégations d’instrumentalisation de députés du FPÖ par les services secrets kazakhs. Le FPÖ a adressé plusieurs questions écrites à la ministre de l’intérieur, Maria Fekter, s’interrogeant sur l’absence de suite donnée à la demande d’extradition de Rachat Aliev, le gendre tombé en disgrâce du président kazakh, Noursultan Nazarbaev.

Deux policiers suspendus

Une autre question écrite du FPÖ porte sur le titre de séjour d’Alnour Moussaev, ancien dirigeant des services secrets kazakhs. Selon le journal Die Presse, le ministère de l’intérieur soupçonne les services secrets kazakhs d’exercice d’influence et s’interroge sur l’origine des documents arrivés aux mains des députés FPÖ. Il y a peu, deux policiers ont été suspendus pour avoir puisé des informations sur Rachat Aliev dans la banque de données de la police criminelle. Ils auraient été soudoyés par un ancien fonctionnaire des services de contre-espionnage.

Malgré les possibilités d’audition de témoins sous serment et d’accès aux archives sensibles, la portée des commissions d’enquête parlementaires autrichiennes est généralement limitée. Les commissions précédentes, sur l’achat des avions de combat Eurofighters et les spéculations financières de la banque Bawag, ont surtout conduit à enterrer les affaires.

Dans le cas de la surveillance des conversations téléphoniques du député du BZÖ, dont l’immunité parlementaire a été ignorée sous prétexte qu’il figurait comme témoin et non comme accusé dans une affaire, les conclusions de la commission pourraient servir de base à la future loi d’application de la directive européenne sur l’enregistrement de données à des fins de lutte contre le terrorisme.


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