mercredi 18 octobre 2017

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L’obsession du renseignement

Renaud Lecadre, Libération

lundi 27 juillet 2009, sélectionné par Spyworld

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Du secteur militaro-industriel aux PME, l’intelligence économique est devenue courante.

C’est la guerre. Economique, certes, mais guerre quand même. Et qui dit guerre, dit renseignement. A la différence de l’espionnage classique, apanage régalien des Etats, le renseignement économique pose problème : de nombreux policiers, gendarmes ou militaires se sont reconvertis détectives privés. Sous l’appellation « intelligence économique », sotte traduction de l’anglais (intelligence = renseignement). Un fourre-tout qui mélange différents métiers - sécurité des bâtiments, des expatriés, veille dite « stratégique » sur le Net, recherche de l’information dite « grise », lobbying, stratégie… - sans cadre réglementaire. Si ce n’est la loi antipantouflage (souvent contournée) qui interdit pendant cinq ans à un ex-fonctionnaire de travailler dans le privé sur des sujets auxquels il aurait eu affaire dans le public.

Le phénomène a d’abord touché le secteur militaro-industriel, paranoïaque en diable. Puis les cadors du CAC 40 (les groupes Arnault, Pinault, Bolloré, Rhodia, Vivendi…) et enfin les PME : c’est Laurence Parisot, présidente du Medef et patronne d’une petite usine d’ameublement, qui missionne le célèbre cabinet Kroll pour une histoire de vol de fenêtres.

Barnum. Les méthodes changent : aux vieilles barbouzeries à la bonne franquette, un ancien des services retournant voir des collègues pour consulter les fichiers, on passe au hacking. Mais l’objectif reste le même : dénicher la moindre boule puante concernant l’adversaire (un concurrent, un repreneur, un salarié, un cadre maison visant le même poste…).

Le gouvernement entend réglementer le barnum. Fort bien. Cela devrait se faire dans le cadre de la Lopsi II (Loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure). Mais elle mijote en vain depuis un an, faute de consensus entre professionnels de la profession. La DCRI (issue de la fusion entre RG et DST), chargée de la surveillance des enquêteurs privés, est particulièrement schizophrène : par fonction, elle noue des relations discrètes (moult pseudos à l’appui) avec les officines ; par conséquence, elle est incapable de faire la police du secteur.

Deux exemples l’illustrent à merveille. Le premier concerne justement cette affaire de hacking (lire ci-contre). En juillet 2008, alors que l’enquête bute encore sur les dénégations d’Alain Quiros (affirmant alors qu’il ne piratait que ses propres ordinateurs à distance, pour éviter de les transporter), Thierry Lorho, inquiet, va se confesser auprès de son agent traitant de la DCRI : il lui déballe tout ce qu’il sait du piratage du labo antidopage. Ce service de renseignements n’a manifestement pas alerté les services judiciaires.

Ragots. L’autre concerne le récent renvoi en correctionnelle de Patrick Baptendier, ancien gendarme passé au privé. Tout le dossier démontre qu’il était en contact très régulier avec son agent traitant de la DST : en échange de ragots sur le petit milieu de « l’intelligence économique », il lui donnait accès aux fichiers de police. Témoin assisté, le toujours flic échappera finalement au procès. Pour on ne sait quelle raison d’Etat.


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