mercredi 18 octobre 2017

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Les SMS intéressent de plus en plus la police

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

lundi 27 juillet 2009, sélectionné par Spyworld

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Les réquisitions des services de renseignement et de PJ ont littéralement explosé. Au printemps, l’affaire d’Abbeville a réveillé la crainte des cabinets noirs électroniques.

Alors que la super-plate-forme d’écoutes de la justice tarde à se mettre en place, la mini-plate-forme de la police pour capter les SMS a pris un rythme industriel : 800 requêtes par semaine, soit plus de 40 000 par an. C’est deux fois plus que les prévisions annoncées par les experts lors de son lancement en mai 2007. Seules les données de connexion sont transmises par les opérateurs pour savoir qui a contacté qui, où et quand. Et uniquement dans les affaires de terrorisme, à titre préventif.

La police ne se fait pas communiquer, à ce stade, le contenu des textos ou des courriels. Et c’est l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) qui veille au respect des procédures. Physiquement, la plate-forme est installée dans les locaux de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret(Hauts-de-Seine). La police des polices ne se contente pas d’un rôle de contrôle. Elle réfléchit à l’impact des technologiques sur le travail des services. Dans un objectif bien compris d’amélioration de l’efficacité policière.

Il faut, par exemple, que les bases de données transmises en direct par les opérateurs puissent être exploitées par les applications de la police. Régler, en somme, des problèmes d’incompatibilité des protocoles et des logiciels utilisés.

Et puis imaginer avec des acteurs privés les outils dont la police pourrait avoir besoin demain pour lutter contre le crime organisé et le terrorisme.

« Pour faire dérailler un train, t’as une solution ? »

Le 16 avril dernier, l’affaire d’Abbeville (Somme) a réveillé certaines craintes face au pouvoir grandissant de la police. Ce jour-là, Stéphane, un menuisier de 29 ans, s’est trouvé placé en garde à vue au commissariat de la ville qui le suspectait d’être un agent subversif. Sur un téléphone professionnel que le jeune homme avait rendu à Bouygues Telecom, l’un de ses amis avait envoyé ce SMS pour plaisanter : « Pour faire dérailler un train, t’as une solution ? » Dans le contexte de l’affaire de Tarnac, où des individus sont suspectés d’avoir voulu faire dérailler un TGV, ce message a donc éveillé les soupçons. Mais comment la police a-t-elle été avertie ? Officiellement, par le biais de l’utilisateur qui a récupéré ensuite ce téléphone de prêt : un agent de sécurité SNCF…

Le pauvre menuisier reste perplexe. D’autant que la justice et le fournisseur d’accès ne parlent pas d’une même voix dans ce dossier. « L’opérateur a le droit de consulter ces messages et le devoir d’alerter les autorités s’il estime qu’un crime ou un délit est susceptible d’être commis », a ainsi assuré le procureur d’Abbeville, Éric Fouard.

Tandis que Bouygues Telecom réfute cet argument et prétend avoir diligenté une « enquête interne ». De quoi alimenter toutes les rumeurs sur la possible violation des correspondances privées à titre préventif au nom de la raison d’État. À tort ou à raison, ce fait divers alimente le soupçon sur la constitution en France de véritables cabinets noirs électroniques.


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