vendredi 17 novembre 2017

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Comment l’espion de Michelin a raté son coup

Manuel Armand, le Monde

mardi 11 août 2009, sélectionné par Spyworld

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Il avait tenté de vendre des secrets industriels au groupe nippon Bridgestone, le numéro deux mondial du pneumatique. L’"espion" Michelin comparaîtra en octobre devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand. Marwan Arbache, 33 ans, encourt dix ans de prison et 150 000 euros d’amende pour avoir voulu livrer à une firme étrangère des documents dont l’exploitation est "de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation".

Tout au long de l’instruction du juge Jean-Christophe Riboulet, Michelin a fait valoir qu’il avait échappé au pire. Parmi les secrets qui auraient pu tomber entre les mains de son rival figurait un nouveau procédé de fabrication de pneus de poids lourds, destiné à leur assurer une plus grande longévité. Connu d’une dizaine de personnes, il est considéré comme une technologie majeure de Michelin pour les cinq prochaines années. Sa divulgation aurait permis à Bridgestone de gagner dix ans de recherches. "Dans un contexte concurrentiel, la maîtrise des technologies qui confère à Michelin une longueur d’avance est primordiale", explique une porte-parole du groupe.

PIÉGÉ

Avant de démissionner, en mars 2007, du groupe Michelin où il avait passé sept ans, M. Abache, agrégé de physique, a copié de très nombreux fichiers informatiques. Décidé à les monnayer, il a pris contact par courriel avec Bridgestone le 3 juillet 2007 sous le pseudonyme d’Alexander Pablo de Santiago. Le groupe nippon a alors prévenu Michelin.

Sous le nom de Fukuda, les responsables de la sécurité de Michelin se sont substitués aux Japonais pour tendre un piège. Pendant que Pablo de Santiago appâtait ses interlocuteurs en envoyant des extraits de documents, Fukuda s’employait à cerner son identité. Jusqu’à un dépôt de plainte, suivi d’une enquête éclair et de l’interpellation de M. Arbache le 9 janvier 2008.

"Michelin n’a subi aucun préjudice", tempère Me Renaud Portejoie, l’avocat de M. Arbache. Aucun document n’est tombé entre des mains étrangères, ce qui lui évite de comparaître devant une cour d’assises. "Il dit qu’il ne serait pas allé jusqu’au bout. C’était pour lui une sorte de jeu pervers", précise l’avocat qui fait valoir la somme demandée pour les documents qualifiés de "hautement stratégique" par Michelin : seulement 100 000 livres sterling (117 000 euros).

La société fait grand cas de ses secrets. Le général Bernard Fesquet prendra, le 1er septembre, la tête de la direction de la sûreté du groupe. Ex-adjoint au directeur technique de la DGSE - le service extérieur de renseignement français - c’est un spécialiste... des systèmes informatiques.


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