vendredi 20 octobre 2017

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La DGSE en pleine lumière après la libération des otages

Reuters

jeudi 23 décembre 2004, sélectionné par Spyworld

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PARIS (Reuters) - La libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot sonne comme une revanche pour la DGSE, qui a mené à bien les contacts indirects avec leurs ravisseurs et organisé leur évacuation d’Irak.

Dès le début du rapt, l’affaire des otages a été la "priorité" de la Direction générale de la sécurité extérieure, dont les cellules de crise à Paris et à Bagdad ont mobilisé en permanence 100 personnes.

Le dossier a mobilisé "15 postes à l’étranger et nécessité un millier de contacts avec une centaine de sources", a souligné jeudi Jean-François Bureau, porte-parole du ministère de la Défense, lors d’un point de presse.

"Il y a eu des dizaines de milliers de communications interceptées, c’était une opération de grande envergure", a-t-il ajouté.

Fait rarissime, le président Jacques Chirac a félicité mercredi le directeur général de la DGSE, Pierre Brochant, pour l’efficacité de ses services. Ils ont notamment réussi à monopoliser les contacts - indirects - avec les ravisseurs malgré l’équipée malheureuse du député Didier Julia.

"Quarante ans après l’affaire Ben Barka, l’enlèvement et la disparition du principal opposant au roi Hassan II sur le sol français, exemple type de la pollution d’un dossier au confluent de la politique et du renseignement, qui avait entraîné le rattachement de l’ex-SDECE au ministère de la Défense, la DGSE a ainsi pris sa revanche", écrit jeudi Le Monde.

Les militaires français s’attendaient à un possible dénouement de la crise des otages dès samedi dernier, quand le gouvernement et l’Elysée ont demandé à l’armée de l’air de mettre en alerte deux avions en France. En fin de compte, ce ne sont pas ces avions-là qui ont été utilisés trois jours plus tard.

"PRETENDUS INTERMEDIAIRES"

"Il y avait des signaux, des indications qui laissaient penser qu’il pouvait se passer quelque chose", souligne-t-on au ministère de la Défense.

"Les choses ont été considérées véritablement sérieuses vers le milieu de la journée de mardi", précise Jean-François Bureau, sans révéler si Paris disposait d’informations distinctes de l’annonce faite par l’Armée islamique en Irak sur Al Djazira.

Un Falcon 900 s’est alors rendu à Amman, en Jordanie, tandis qu’un Hercules C-130 s’apprêtait à rejoindre Bagdad, où les Français se sont contentés de déposer un plan de vol à l’intention des autorités irakiennes et américaines.

Sur place, agents de la DGSE et diplomates mènent depuis le départ un "travail soudé" face à une "situation complexe" qui exige de pouvoir sans arrêt "démêler le vrai du faux".

Depuis plusieurs semaines, les services ont le sentiment qu’il est "plus difficile pour les ravisseurs de libérer les otages que de les garder".

"Les ravisseurs eux-mêmes étaient très préoccupés par leurs dissensions internes et par leur propre sécurité", souligne-t-on. "Ils ont dû faire face à des prétentions de groupes rivaux ou de prétendus intermédiaires".

La DGSE a multiplié de son côté les efforts pour conserver le contact avec les ravisseurs. "Mais ils parlaient à des émissaires, il n’y a pas eu de processus de négociations directes".

"C’est bien le service qui est la clé de l’établissement de canaux permettant de faire passer des messages", souligne Jean-François Bureau.

Paris a démenti fermement tout versement de rançon, soulignant que l’Armée islamique en Irak n’en avait pas demandé et avait toujours mis en avant "des considérations politiques", comme la loi sur le port du voile en France.

Mardi, le service "Action" de la DGSE a assuré l’évacuation des otages, relâchés par leurs ravisseurs "dans un quartier particulièrement difficile de Bagdad".

"Il a fallu franchir des barrages. C’était une opération compliqué, dangereuse. Les ravisseurs étaient extrêmement fébriles", a dit Jean-François Bureau.

"C’est là qu’il y a eu cette première prise de contact et c’est là où le très grand savoir-faire des agents de la DGSE qui étaient sur place doit être salué", a dit pour sa part Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense.

"Quand j’ai vu l’écusson tricolore, je me suis dit :’c’est bon, ça sent la quille’", a raconté l’un des otages, Georges Malbrunot après sa libération. Il sortait alors du coffre d’une Mercedes.

Les ex-otages ont été alors conduits en lieu sûr puis à l’aéroport de Bagdad, où il leur restait encore différents barrages à franchir.

Le Hercules C-130 a décollé pour Chypre, où les attendaient le ministre des Affaires étrangères et le directeur de la DGSE à bord du second avion, qui s’est posé sur la base militaire de Villacoublay en fin d’après-midi mercredi.


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