dimanche 22 octobre 2017

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Pyongyang se lance dans le chantage des bombes

Arnaud de La Grange, le Figaro

samedi 5 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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En plus de la filière plutonium, la Corée du Nord brandit « l’option uranium » face à l’ONU.

Pyongyang a affiché vendredi son intention d’avoir deux fers au feu nucléaire. Dans un courrier adressé au Conseil de sécurité de l’ONU, la Corée du Nord a affirmé être parvenue au dernier stade de l’enrichissement d’uranium, ce qui lui offre une deuxième voie pour fabriquer une arme atomique, à côté de la filière plutonium déjà avérée.

Le fait que les Nord-Coréens parlent « d’expérimentations » réus­sies dans cette filière uranium suggère cependant qu’ils ne peuvent encore aligner les milliers de centrifugeuses nécessaires pour se doter de quoi fabriquer une bombe. Jusqu’à présent, ils suivaient la voie du plutonium, produit dans le réacteur de Yongbyon. C’est ce plutonium qui a servi aux deux tests nucléaires, en 2006 et le 25 mai dernier. La Corée du Nord affirme aussi terminer le retraitement de barres d’uranium usées et la militarisation de plutonium, ce qui lui donnerait de quoi fabriquer une ou deux bombes supplémentaires. On estime que Pyongyang avait déjà assez de plutonium pour six à huit armes.

Pyongyang se dit prêt « à la fois au dialogue et aux sanctions ». Et explique que sa marche vers « l’option uranium » est une réponse à ces sanctions, renforcées en juin dernier, après le deuxième essai nucléaire. La surveillance maritime accrue gêne ses exportations d’armes, sa principale et presque unique ressource.

Nouvelle provocation

À l’évidence, cette annonce est une gesticulation diplomatique de plus. Après quelques gestes conciliants ces derniers temps -libération des deux journalistes américaines et levée des restrictions de passage sur la frontière entre les deux Corées-, Kim Jong-il semble estimer qu’il n’est guère payé en retour. Cette nouvelle provocation intervient d’ailleurs au moment où l’émissaire américain Stephen Bosworth est en visite dans la région. Depuis Pékin, il a avoué que ce nouveau développement nuc­léaire était « préoccupant » tandis que l’Union européenne faisait part de son « inquiétude ». Pyongyang aurait voulu engager des discussions bilatérales avec l’envoyé de Barack Obama, mais Washington maintient que le dialogue doit être conduit d’abord dans le cadre des pourparlers à Six (États-Unis, Chine, Russie, Japon et les deux Corées).

Ironiquement, cette dernière bravade pourrait mettre fin à un débat qui dure depuis des années entre les différentes agences de renseignement américaines. Les experts s’écharpaient en effet sur l’existence ou non d’un programme parallèle secret d’enrichissement d’uranium. Cette hypothèse avait été avancée par George Bush en 2002 pour geler l’accord de 1994. Longtemps, la Corée du Nord avait nié mener un tel programme clandestin. Mais en juin dernier, après le renforcement des sanctions, elle a déclaré qu’elle allait enrichir de l’uranium et militariser son plutonium.

Rétrospectivement, les Nord-Coréens semblent donner raison à l’équipe Bush, que l’on accusait alors de forcer la note sur ce registre. Ils n’avaient peut-être qu’anticipé un peu une menace qui vaut surtout par les risques de prolifération d’une telle technique.


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