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Rafale : Dassault et l’Elysée ont tiré les leçons d’une longue série d’échecs

Dominique Gallois, le Monde

mardi 8 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Trop beau pour être vrai. Jusqu’au bout, même chez Dassault Aviation, personne n’a voulu croire à une annonce d’intention d’achat du Rafale par le Brésil lors de la visite de Nicolas Sarkozy. Il est vrai que l’avionneur français a appris à être prudent depuis 2002 et quatre échecs successifs face aux Américains aux Pays-Bas, en Corée du Sud, à Singapour et au Maroc.

"Le bambou penche toujours du coté de celui qui pousse le plus fort." Ce proverbe chinois, cité par Dassault Aviation en 2005 lors de la perte du marché singapourien, illustre l’importance de l’influence américaine. Officiellement cependant, l’argument avancé avait été monétaire : la faiblesse du dollar face à l’euro avait rendu la proposition des F-15 Eagle de Boeing près de 20 % plus avantageuse.

Trois ans auparavant, en 2002, pour des raisons de sécurité nationale, la Corée du Sud avait retenu l’offre américaine malgré la préférence des militaires coréens pour l’avion de chasse français. L’appel d’offres avait été modifié pour permettre au F-15 de l’emporter.

La même année, le Rafale avait été écarté par les Pays-Bas au profit du Joint Strike Fighter (JSF) de Loockeed Martin. L’écart entre les deux propositions était infime : deux centièmes dans la note finale (6,97 points pour le JSF contre 6,95 points pour le Rafale).

CHANGEMENT DE STRATÉGIE

Dans les trois cas, Dassault avait espéré pénétrer les chasses gardées américaines. En vain. Tout comme il n’a pas pu entrer en Arabie Saoudite en 2006, sur un marché réservé aux britanniques.

Mais c’est le fiasco du Rafale au Maroc à l’automne 2007, peu après l’élection de Nicolas Sarkozy qui a fait changer en profondeur la stratégie à l’exportation de l’avion de combat. Cet échec, sur un marché a priori acquis au français, n’a pas été dû à une compétition avec d’autres avionneurs, mais à une succession d’erreurs côté français pendant les négociations.

Au lieu d’oeuvrer ensemble, la Délégation générale de l’armement (DGA) et le Groupement d’intérêt économique Rafale, rassemblant les industriels Dassault, Thales et Snecma, avaient négocié séparément avec les Marocains.

De plus, étant persuadé que l’Arabie Saoudite, voire les Emirats arabes unis accepteraient d’être les mécènes du Maroc, les Français n’avaient pas fait de véritable offre de financement, avec un crédit garanti par la Coface. Il n’en avait pas fallu plus pour que les Américains s’engouffrent dans la brèche et emportent ce marché de 2 milliards d’euros.

L’Elysée avait alors "piqué une colère". Une "war room" avait été constituée pour donner de l’impulsion à l’export et M. Sarkozy s’était donné pour objectif de faire ce que son prédecesseur, Jacques Chirac n’avait jamais réussi : vendre des avions de combat face aux Américains.

La Libye a été l’un des premiers pays approché. Mais, malgré la réception fastueuse de M. Kadhafi à Paris en décembre 2007, Tripoli n’a pour l’instant pas donnné suite à ses intentions d’acheter 14 Rafale.

Les efforts se sont aussi concentrés sur les Emirats arabes unis. Avec un premier succès en juin 2008. Les Emirats se sont déclarés intéressés par l’acquisition de 63 Rafale. A une condition : que la France reprenne les 60 Mirage 2000 de l’armée de l’air émiratie...

Les négociations portent sur les spécifications de l’appareil. Les militaires veulent un moteur plus puissant (une poussée de 9 tonnes au lieu de 7,5 tonnes), amélioration indispensable pour de bonnes performances au décollage dans les pays chauds. Cela leur permettrait aussi de mieux évoluer dans un espace aérien restreint.

Les Emiratis veulent également des appareils dotés d’une technologie de pointe, supérieure parfois à celle dont bénéficie l’armée de l’air française.

Tout cela a un coût. Il serait de 240 millions d’euros pour la seule amélioration des moteurs. Une grande partie, voire la totalité, pourrait être supportée par la France car ces modernisations sont la condition pour emporter ce marché, tout comme les transferts de technologie ont fait la différence au Brésil.

L’évolution de ces discussions est suivie avec intérêt par la Suisse, la Grèce et l’Inde. Trois pays où le Rafale se retrouve à nouveau face aux Américains.


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