mardi 17 octobre 2017

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Le général Stéphane Abrial prend ses fonctions à l’Otan

Jean Guisnel, Le Point.fr

mercredi 9 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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Le grand jour est venu ! Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, succède à un officier du corps des Marines, le général James N. Mattis. Il sera installé à Norfolk (Virginie) dans son poste de SACT (Supreme Allied Commander Tranformation), l’un des deux commandements "suprêmes" de l’Otan. Cette cérémonie se tiendra en présence du secrétaire général de l’Otan, l’ancien Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, du chef d’état-major des armées françaises, le général Jean-Louis Georgelin, et des plus hautes autorités militaires américaines. L’ACT (Allied Command Transformation) est l’un des deux commandements les plus importants de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique, qui compte 28 pays membres , l’autre étant l’ACO (Allied Command Operations) , actuellement commandé par l’amiral américain James Stavridis .

L’ACT a été créé après le sommet de l’Otan à Prague, en 2002, et a été installé sur l’énorme base navale de Norfolk, en Virginie, en lieu et place de Saclant (Supreme Allied Command Atlantic), lui-même créé en 1951. Depuis cette date, ce commandement a toujours été confié à un officier général américain. C’est assez dire l’importance de l’arrivée d’un Français à ce poste, d’autant plus remarquée que les textes négociés avec l’Otan (en réalité directement entre le sherpa du président Sarkozy, Jean David Levitte, et son homologue américain de la précédente administration, Steven Hadley) prévoient noir sur blanc que ce poste n’est pas soumis à rotation entre les différentes nations, et qu’il sera dans l’avenir toujours confié à un Français. Il semblerait que les autres grands Européens de l’Otan tordent un peu le nez...

Pas de membre du gouvernement

Selon le général Abrial, qui a tenu mardi une brève conférence de presse, sa première tâche va consister à travailler sur le nouveau concept stratégique de l’Otan, dont le secrétaire général Rasmussen a lancé les travaux en août. Il sera présenté au sommet de l’Alliance, prévu fin 2010 à Lisbonne, et un "comité militaire" commencera à le mettre au point dans cette même ville dès la semaine prochaine. Pour Stéphane Abrial, sa présence à Norfolk est un signe tangible du renforcement du rôle des Européens dans l’Alliance. "Je suis français, mon adjoint est un amiral italien, le chef d’état-major (numéro trois) est un amiral britannique. La présence européenne est forte. Elle est le reflet du fait que les Européens souhaitent exercer des responsabilités et faire entendre leur point de vue. Les Américains ont la même vision. Ils ont conscience de l’intérêt que les Européens contribuent de manière importante et visible au développement de l’Alliance de demain."

Deux légères fausses notes dans cette journée d’investiture : aucun membre du gouvernement français n’a jugé bon de se déplacer, et c’est un peu étonnant, après que Paris a négocié avec tant d’ardeur pour obtenir ce poste. Seconde curiosité : les problèmes de déplacement du nouveau SACT, à la charge de la nation qui l’a "fourni" à l’Otan, ne sont toujours pas réglés. Cette question agace de plus en plus les militaires français, certains trouvant incompréhensible, et même "inconvenant", que le général Abrial ne soit pas doté des moyens nécessaires pour exercer sa mission de manière convenable. Une source en poste à l’Otan, à Bruxelles, souligne : "Le général James N. Mattis a imposé ses points de vue en participant à des réunions à Bruxelles trois fois par mois, et en circulant en permanence dans les petits États européens, où il servait de conseiller militaire pour les gouvernements locaux, notamment en matière d’achat d’armement."

Or, le général Mattis ne se déplaçait jamais sans un état-major de plusieurs personnes, gage d’efficacité maximale... À Paris, de source proche du ministère de la Défense, on indique que tout ceci est "bon pour les Américains qui ne savent rien faire sans se déplacer à cinquante, et qui disposent de moyens énormes". Donc, Paris n’a plus d’argent pour doter d’un avion son premier titulaire d’un poste important et donne même l’impression de découvrir le problème ! Car la situation en est toujours au même point qu’au mois de juillet, lorsque Le Point a révélé cette incongruité . De deux choses l’une, pourtant : ou bien la France souhaite un grand commandement à l’Otan et se donne les moyens de ses ambitions, donc à son titulaire des moyens de se déplacer, ou bien elle explique pourquoi elle s’est tant battue ! Comme le dit la chanson : "Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou !"


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