dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > La Belgique dénonce des « fuites » françaises

La Belgique dénonce des « fuites » françaises

Alexandrine Bouilhet, le Figaro

vendredi 2 décembre 2005, sélectionné par Spyworld

ALORS QUE l’Europe intensifie ses efforts pour mieux coordonner la lutte contre le terrorisme, une nouvelle affaire de « fuites » met soudain à mal la coopération policière entre la France et la Belgique. Les révélations de la presse française sur l’existence d’une kamikaze belge, morte en Irak le 9 novembre, ont précipité le coup de filet policier en Belgique, avant-hier, provoquant la colère des plus hautes autorités judiciaires du Royaume.

« Les fuites françaises ont failli faire capoter le travail de 130 hommes et des semaines de filatures ! », dénonce-t-on au parquet fédéral. « En réagissant très vite, on a pu arrêter le noyau dur du réseau, mais notre cible était plus large, ce qui est très ennuyeux. » Depuis quatre mois, la Sûreté de l’Etat (le service de renseignements belges), traque les filières de recrutement de terroristes pour l’Irak, en collaboration avec Paris, notamment avec le juge Jean-Louis Bruguière et les policiers de la DST.

« Comment voulez-vous qu’on leur fasse confiance, s’ils ne savent pas tenir leur langue ? », tempête un enquêteur belge. Il dénonce les « bavardages » du juge Bruguière, soupçonné d’avoir voulu torpiller leur opération, sous prétexte que la Belgique lui aurait refusé certains devoirs d’enquête. L’affaire est suffisamment sérieuse pour que le ministre de la Justice et vice-premier ministre, Laurette Onkelinx, interpelle, hier, les autorités françaises. « A cause de cette fuite, l’opération de police belge a été précipitée car nous pouvions craindre que la filière se volatilise. Je ne manquerai pas d’évoquer ce problème avec mon homologue français », Pascal Clément, a-t-elle assuré, en marge d’une réunion de ministres européens de la Justice consacrée, justement, à la lutte contre le terrorisme. Le garde des Sceaux a promis d’ouvrir une enquête.

« C’est dommageable pour l’image de la France, qui donne des leçons à tout le monde en Europe en matière de lutte antiterroriste », affirmait un diplomate belge. Souvent montrée du doigt, côté français, pour son inefficacité, la justice belge se rebiffe. Elle dénonce les méthodes de « cow-boy solitaire » du juge Bruguière, accusé de ne coopérer avec les étrangers que lorsque cela l’arrange.

Les bisbilles franco-belges se sont à nouveau manifestées à l’occasion du procès du Groupe islamique combattant marocain (GICM), en ce moment à Bruxelles. A l’audience, le président du tribunal correctionnel et le procureur du roi ont dénoncé le manque de coopération du juge Bruguière, regrettant qu’il ait refusé une confrontation entre un suspect détenu en France et le principal accusé du réseau belge, Abdelkader Hakimi. « La justice antiterroriste française a ses lois propres, a affirmé le président de la cour, Pierre Hendrickx. Les policiers peuvent garder à vue un suspect 96 heures. Ils interpellent le jour et la nuit, ils peuvent arrêter les femmes pour faire parler les maris en toute légalité. Ce sont leurs méthodes. Pas les nôtres. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :