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Morin réforme les services informatiques du ministère et change leur tête

Jean Guisnel, Le Point.fr

lundi 14 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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De manière assez attendue, mais avec une ampleur plus vaste que prévu, le ministre de la Défense réorganise profondément ses systèmes informatiques. Le titulaire du poste de DGSIC (directeur général des systèmes d’information et de communication), l’ingénieur général des télécommunications Henri Serres a beau toujours disposer - à 23 h 30 ce dimanche - de sa fiche biographique sur le site de cet organisme qu’il dirigeait dans sa forme actuelle depuis octobre 2006, il a été remercié sans ménagement ni formalisme excessif avant l’été par Hervé Morin, qui l’avait pris en grippe.

L’intention du ministre de la Défense, comme il l’a expliqué la semaine dernière dans son discours à l’université d’été de la Défense qui se tenait à Saumur, la réforme des systèmes d’information et de communication des armées sera sa priorité pour 2010. Hervé Morin considère que ces services sont victimes de la "sédimentation" provoquée par la multiplicité des systèmes progressivement entrés en service depuis 40 ans. Et d’évoquer "10.000 serveurs dans 160 sites, 18 messageries différentes, 1.500 applications" informatiques tournant simultanément. Hervé Morin souhaite donc "entreprendre une mutation complète des systèmes pour améliorer leur efficacité, réduire leurs coûts d’acquisition et de maintenance et améliorer les perspectives de nos personnels, dont les compétences sont trop souvent éparpillées et mal employées".

Les services informatiques de la Défense coûtent actuellement 3,5 milliards d’euros par an, et emploient 30.000 personnes. Chiffres que le ministre de la Défense entend réduire de 30 %. Soit un milliard d’euros d’économies, les réductions de personnel étant englobées dans les 54.000 réductions d’emplois annoncées l’an dernier. Cette baisse des coûts passera par un "partenariat public privé", c’est-à-dire par la dévolution de ces services à des entreprises de communication du secteur privé, dont les contrats devraient être signés avant la fin de 2010. Hervé Morin a confié que "dans l’immédiat, sans attendre la signature de contrats de partenariat, nous entreprendrons les premières consolidations techniques et logicielles pour faire les premières économies et nous préparer au mieux au dialogue avec l’industrie".

"Notre réforme du ministère, on la poursuit" (Morin)

Revenons un peu sur le changement de tête au sommet de la DGSIC. Les armées, qui ne supportaient pas bien de devoir discuter de problèmes informatiques avec un civil, auront donc obtenu la peau d’Henri Serres, ce qu’Hervé Morin a confirmé dimanche soir en expliquant qu’il "fallait changer de braquet, changer de DGSIC, placer un militaire à sa tête". Il a justifié la nomination mercredi dernier en conseil des ministres d’un inspecteur général de la marine nationale, l’amiral Christian Pénillard, par le fait qu’il aura "assez d’autorité pour parler avec les chefs d’état-major sans souci. Notre réforme du ministère, on la poursuit".

Il ne sera cependant pas dit que tout le monde jette aux orties le travail énorme mais, c’est vrai, invisible qu’Henri Serres aura fait depuis 30 ans au profit de la défense française et de la sécurité informatique du pays. Ce polytechnicien (promotion 1969) et ingénieur des télécommunications avait choisi - incongruité alors inconcevable pour un ingénieur civil - de rejoindre le ministère de la Défense en 1980, en devenant à tout juste 30 ans le directeur technique de la DGSE alors dirigée par Alexandre de Marenches. Ce que le service a fait dans les technologies de l’information sous son impulsion, en investissant massivement dans des domaines comme les interceptions et la cryptanalyse, par exemple en achetant ses premiers super-ordinateurs Cray , engageant ainsi la France sur un domaine d’excellence qu’elle a poursuivi ensuite jusqu’à aujourd’hui, c’est à Henri Serres qu’elle le doit. Lorsque la France décidera de s’occuper (enfin sérieusement !) des problèmes de sécurité informatique, c’est encore lui qui sera le premier directeur central de la sécurité des systèmes d’information du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale), de 2001 à 2005. Que les chefs d’état-major actuellement en poste aient eu du mal à parler avec le DGSIC sortant, c’est peut-être vrai. Mais penser qu’il serait la cause des problèmes informatiques de la Défense, c’est une erreur. Pire : une injustice...


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