lundi 18 décembre 2017

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Farewell : L’espion qui changea le monde

Patrice Trapier, Lejdd.fr

mercredi 16 septembre 2009, sélectionné par Spyworld

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"Une des plus grandes affaires d’espionnage du 20e siècle", estima Ronald Reagan lors d’une conversation avec François Mitterrand, au moment où la France et les Etats-Unis partageaient les secrets livrés par un colonel du KGB, Vladimir Vetrov, nom de code Farewell.

Nous étions au début des années 1980. Le mur de Berlin n’était pas encore tombé. Les services secrets occidentaux n’avaient qu’un objectif, la lutte contre le KGB et ses satellites. Farewell, une grande affaire d’espionnage aux incroyables conséquences géopolitiques… Le président américain aurait pu ajouter "une affaire hors normes".

Hors normes parce que c’est un service français, a priori de moindre envergure, qui plus est officiellement interdit d’action hors de France, la Direction de la surveillance du territoire (DST), qui bénéficia le premier des confidences de l’ancien attaché commercial soviétique à Paris (Sergueï Grigoriev dans le film, joué par Emir Kusturica). Hors normes parce que les premiers contacts furent pris à Moscou par un simple ingénieur français de Thomson (Pierre Froment-Guillaume Canet).

Grâce à Farewell, Reagan bluffe avec la guerre des étoiles

Hors normes parce qu’à la différence de nombre de taupes, Vetrov ne réclamait ni argent ni transfert à l’Ouest, il ne fit l’objet d’aucun chantage, c’est son libre arbitre qui le conduisit à changer de camp. Animé d’une personnalité forte et tourmentée, estimant que son intelligence n’était pas appréciée à sa juste mesure, Vetrov fit irruption dans la grande Histoire pour des raisons complexes. La somme et la qualité des documents qu’il fournira à la DST seront d’un tel poids que le rapport des forces Est-Ouest s’en trouvera bouleversé. Vetrov croyait sauver son pays par un électrochoc, il accéléra en fait le processus de décomposition.

Les Occidentaux découvriront l’ampleur de l’espionnage opéré par les agents de l’Est. Ils prendront conscience du retard de l’Union soviétique dans la course au progrès scientifique et technique. La trahison de Farewell ne fut pas seulement une défaite du KGB mais la préfiguration de l’implosion du bloc soviétique. Déjà minée par la contestation interne activée par l’élection d’un pape polonais et l’échec de la guerre en Afghanistan, l’URSS va se trouver confrontée au projet américain de "guerre des étoiles", immense partie de bluff destinée à asphyxier les Soviétiques par de coûteux programmes militaires.

Le 9 novembre prochain, on célébrera les vingt ans de la chute du mur de Berlin. D’une certaine manière, on peut considérer que Vetrov, exécuté en 1985, est la part obscure d’une aventure dont Mikhaïl Gorbatchev est la face lumineuse.

Walkman, Queen et Ferré... souvenirs des années 1980

Christian Carion a centré son film sur deux points essentiels. Le premier : l’arrière-plan historique qui ouvre le film par de spectaculaires images d’archives. La mise en scène regarde du côté des grands films américains (L’homme qui tua Liberty Valance ou Les Hommes du président).

Deuxième point : la tempête intérieure qui agite le couple "traître traitant". Pour sa première apparition dans un premier rôle, Emir Kusturica, qui a remplacé au pied levé un acteur russe (la Russie de Poutine n’apprécie pas qu’on la montre dans ses instants de faiblesse) donne une exceptionnelle densité à son personnage, perdu dans les méandres de la cinquantaine, entre sa femme, sa maîtresse, qui lui fournit les documents à copier, et son fils, adolescent lointain. Guillaume Canet donne à son rôle d’apprenti espion une fraîcheur et une fragilité.

L’Affaire Farewell nous plonge dans l’univers des années 1980, cette décennie qui bouleversa nos vies, jusque dans nos comportements quotidiens. La relation entre l’espion russe et l’ingénieur français annonce la mondialisation à venir. Amoureux de la grande culture française, Farewell découvre, stupéfait, que son fils achète au marché noir des cassettes du groupe anglais Queen. Il demande alors deux cadeaux à Froment-Canet : un disque de Léo Ferré pour lui et sa femme, un baladeur avec la musique de Freddie Mercury pour son fils. L’Affaire Farewell, c’est le choc de deux mondes mais aussi de deux époques.

L’Affaire Farewell, de Christian Carion. Sortie le 23 septembre.


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